31. Chronique d’un Départ

 

Ma maman est décédée le 1er février 2021. Comme ce témoignage a pu être aidant pour des personnes ayant perdu des proches, je partage ici avec vous plusieurs événements particuliers qui nous sont arrivés peu avant et après son départ.

 

Le contexte

Ma maman a fêté ses 81 ans le 9 janvier 2021. Elle était alors hospitalisée. Elle souffrait d’un œdème généralisé que les diurétiques n’arrivaient plus à éliminer, notamment à cause d’un cœur très fatigué. Pendant une grosse année, nous avons vécu au rythme des appels faits aux ambulances, des hospitalisations toujours plus longues et des retours à la maison toujours plus courts. Ma sœur Sylvie vivait en permanence auprès de notre maman. En tant que proche-aidante, elle a fourni un travail plus qu’admirable, permettant à notre mère de rester à son domicile jusqu’à sa dernière hospitalisation.

Grâce à nos capacités un peu spéciales, notre famille a pu gérer cette année au mieux de nos possibilités. Les deux filles se sont beaucoup mobilisées pour offrir des soins à distance à leur grand-maman, lui permettant de tenir le coup bien au-delà des pronostics annoncés par le corps médical. Sylvie et moi avons aussi pu nous appuyer sur notre intuition. Les médecins ont ainsi annoncé à ma sœur qu’il ne fallait pas espérer que notre maman survive au-delà de juin 2020. Nous sentions catégoriquement que notre maman n’était pas en danger de mort à ce moment-là. Au grand dam des médecins, nous l’avons même sortie de force de l’hôpital durant l’été, alors que des infections nosocomiales y faisaient des ravages. Toute la famille (nous sommes tous des sensitifs) était certaine qu’elle ne courrait aucun danger à quitter l’établissement à ce moment-là, mais qu’elle y mourrait rapidement si nous la laissions sur place.

 

La dernière hospitalisation

La dernière hospitalisation, en décembre, faisait non seulement suite à des problèmes de santé, mais également à une chute très violente dans la baignoire. L’épaule déboitée, les ecchymoses importantes au bras et l’énorme bosse à la tête ont été rapidement soignées, mais l’œdème qui envahissait son corps peinait plus que jamais à se résorber. Puis le foie, les reins et le cœur ont montré d’intenses signes de fatigue. Malgré cela, l’infirmière de liaison était optimiste. Elle nous a fait signer les papiers pour le transfert de notre maman dans un adorable EMS (oui, ça existe !) à quelques petites minutes de notre domicile. Le départ de l’hôpital était prévu le 20 janvier 2021, mais notre maman a fait une violente chute hors de son lit durant la nuit peu avant son départ. Cela repoussa la date au 2 février.

Ma sœur et moi étions très dubitatives sur ce transfert, surtout en constatant l’une et l’autre que l’énergie vitale de notre maman descendait rapidement. En outre, notre mère avait toujours affirmé qu’elle refuserait d’aller en EMS. Habitant au quatrième étage sans ascenseur, incapable de marcher sans l’aide d’une solide assistance et n’étant malheureusement plus propre, nous n’avions, à notre grand regret, aucune autre alternative, surtout du fait qu’elle pesait plus de 100 kilos à cause de l’eau accumulée dans son organisme.

A ce moment-là, ma sœur et moi avons beaucoup repensé à notre grand-mère maternelle qui avait eu un AVC et était finalement décédée aux HUG la veille de son transfert à l’hôpital de Loëx dans le canton de Genève. Un établissement qu’elle n’avait jamais aimé et dans lequel elle avait toujours refusé d’être hospitalisée. Sylvie et moi étions quasiment certaines que notre maman allait suivre le même chemin que notre grand-mère : elle mourrait juste avant son transfert en EMS. Ma sœur avait d’ailleurs sans cesse en tête l’image d’un jeune médecin lui annonçant la mort de notre maman. Jamais, elle n’a eu celle de la directrice de l’Établissement médicaux-social. A vrai dire, moi non plus. A aucun moment, même avec des efforts d’imagination, je ne l’ai vue aller en EMS.

 

Les visites désincarnées

Une semaine avant son décès, les choses ont commencé à se confirmer. Alors qu’elle vaquait dans l’appartement qu’elle partageait avec notre maman, ma sœur a reçu la visite de la branche maternelle de notre famille… celle qui était désincarnée ! Bref, plein de morts dans le salon dans une joyeuse attente. Avec une information donnée alors : notre maman mourra le 1er février.

A ce moment-là, ma sœur perçoit aussi Choupette, la chienne de notre maman décédée depuis bien longtemps. Toutes les deux avaient une relation fusionnelle et la mort de l’animal avait été pour notre mère un deuil bien plus difficile à gérer que le départ de sa propre maman. Et à ce moment-là, Sylvie est submergée d’images de Choupette. Elle la perçoit en clairaudience, mais elle la voit aussi très clairement, ce qui n’est pas sa capacité principale en médiumnité. Ma sœur aperçoit Choupette piétiner et sautiller sur place comme un chien sur le point de partir en balade. Parfois elle est sur le dos les pattes en l’air. Elle l’entend dire, heureuse comme jamais, « Ma mamie va revenir ! ». Eh oui, dans l’Autre Monde, les animaux peuvent parler comme nous !

Pour ma part, j’ai le sentiment très fort d’un rassemblement des amis d’école décédés avec qui notre mère se retrouvait durant son enfance dans son petit village de Chessel.

En parallèle notre maman se bat et réaffirme au personnel soignant et aux médecins qu’elle refuse de mourir. Eux ne comprennent pas comment elle peut encore être vivante. Petit doute dans nos esprits. Vu la « tronche » de notre génitrice, elle est bien capable de repousser les limites de la mort au-delà du possible. Et pourtant, Sylvie l’aperçoit déjà sous forme désincarnée dans l’appartement. C’est si fort que ma sœur l’appelle : « Maman ? Maman, c’est toi ?` ». Nope ! « Non ! Non ! J’suis pas morte ! ». Notre mère repart illico rejoindre son corps à l’hôpital d’Estavayer-le-Lac à l’instant-même où elle réalise que sa fille cadette a perçu sa présence.

 

Dernier au revoir

Le 31 janvier, l’hôpital appelle ma sœur pour l’informer que notre maman a demandé à voir sa fille. Ne sachant pas à laquelle elle fait allusion, on nous recommande de venir toutes les deux. Médicalement, il n’y a aucun doute : notre mère n’en a plus pour très longtemps à vivre. Normalement les visites sont interdites à cause des mesures Covid, mais, heureusement, à Estavayer-le-Lac, les familles des mourants peuvent rejoindre leurs proches pour leur dire un dernier au revoir. Notre maman est encore lucide même si elle a beaucoup de difficultés à parler. Ma sœur lui dit qu’elle peut partir tranquillement. Nous tentons de la rassurer et l’encourageons à quitter son enveloppe de chair. A un moment, nous constatons qu’elle se laisse physiquement aller. C’est alors que ma sœur ressent notre maman passer à travers elle. Au même moment, j’ai le sentiment qu’elle est sortie de son corps. Nous avons toutes les deux la même impression en même temps. Mais une fois encore, notre maman reprend rapidement possession de son organisme et arrive même à nous dire avec force « Partez !». Ce n’est pas l’heure.

Le 1er février, notre papa, devenu le meilleur ami de notre maman après leur divorce, va lui rendre une dernière visite. Notre maman ne perçoit pas sa présence et, lui, est trop bouleversé pour rester plus de quelques minutes. Plus tard, il nous répétera à plusieurs reprises être heureux d’avoir pu la voir une dernière fois de son vivant. Je ne peux m’empêcher de penser à toutes les personnes qui n’ont pas eu notre chance durant ces années folles de 2020 et 2021. Combien gardent de profondes blessures de ces décisions inhumaines ?

La journée passe. Avec ma sœur, nous finissons par penser que notre pronostic est erroné. Est-ce que notre maman tiendra au-delà du 1er février malgré les annonces faites par nos proches décédés et par nos intuitions ?

 

Partie !

Le 2 février vers 7h45. Ma sœur perçoit la présence de notre mère à côté d’elle alors qu’elle sirote un café. Pour la première fois de sa vie, la clairaudience est en « haut-débit HD ». Elle m’explique : « Maman répond par télépathie. J’entends ce qu’elle dit. C’est très compliqué à décrire avec des mots. On a une vraie conversation. Je me suis beaucoup posée la question si c’était une création personnelle, mais non ! C’est la voix de maman qui me parle. C’est son timbre de voix, ses intonations, ses expressions, son humour, ses émotions. »

Notre maman l’informe :

– Tante Mady et ma grand-mère sont venues me chercher.

Ma sœur, alors très endormie, répète avec surprise:

– Quoi ? Tante Mady ?

Et elle s’étonne:

-Mais t’es pas encore morte !

Notre maman répète pourtant l’information trois fois de suite :

– Oui ! Tante Mady ! Elle a tenu et insisté pour venir me chercher.

Ma sœur est dubitative face à ce message, mais une dizaine de minutes plus tard, elle reçoit un appel de l’hôpital l’informant que notre maman est décédée tranquillement la veille entre 20h et 21h. Elle est finalement bien partie le 1er février, comme la famille nous l’avait indiqué plusieurs jours plus tôt.

Nous sommes tout de suite interpellées par la désincarnée qui est venue chercher notre maman selon ses dires. Nous pensions effectivement que deux personnes viendraient la prendre. Nous avions pronostiqué la venue de sa maman et de son arrière-grand-mère (qu’elle considérait comme sa grand-mère, puisque cette dernière était décédée jeune). Mais Mady, ça, personne n’y avait pensé, parce qu’il s’agissait de la tante de notre père. Et pourtant tellement logique après coup : elles avaient toutes les deux développé une relation mère-fille de cœur, s’organisant régulièrement des rendez-vous communs à Lausanne et s’appelant toutes les semaines. Le message ne peut pas avoir été inventé par nous, parce qu’à aucun moment, nous n’avions eu l’idée que la famille de notre père serait impliquée dans l’accompagnement de notre maman vers l’Autre Monde.

 

Le Passage

Sylvie a par la suite des informations complémentaires concernant le départ proprement dit. Apparemment, un être de Lumière hiérarchiquement élevé est aussi intervenu. Non pas pour l’aider à passer de l’Autre Côté, mais parce que notre maman était couchée sur le côté, dans une position qui rendait malaisée la sortie définitive de sa conscience hors de son corps. Pour l’aider, l’être l’aurait mise dans le coma pour ensuite la placer sur le dos (opération potentiellement très douloureuse au vu de son état de santé) et permettre ainsi aisément l’expulsion de l’âme par le haut du corps. Un acte qu’il a mené avec beaucoup de force et de douceur, mais surtout avec un Amour tellement fort que Sylvie en était émue. « Il doit être très proche de Dieu ! ».

Tante Mady attendait pour sa part au pied du lit en position un peu surélevée et légèrement sur le côté. Il semblerait qu’elle ait beaucoup insisté pour prendre en charge notre maman à sa sortie de corps, les autres n’ayant pas eu leur mot à dire !

Tante Mady a demandé à notre maman de venir et elle lui a pris les mains quand elle a quitté son enveloppe terrestre. Toutes deux sont aussitôt parties. L’être de Lumière a ensuite remis le corps sur le côté et s’est retiré à son tour. A noter que la porte d’entrée de la chambre (dans laquelle notre maman était seule) a été bloquée pendant toute l’opération pour que le personnel de l’hôpital n’entre pas. Il n’y avait pas de blocage physique, mais une interdiction d’ordre psychologique : infirmières et médecins n’avaient tout simplement aucune envie de pénétrer dans la pièce. Cette intervention dans la matière me fait beaucoup penser à la nounou « du Ciel » qui s’était physiquement occupée de Samantha petite lorsqu’un ami n’assumait pas ses obligations de baby-sitting comme il nous le faisait croire, préférant se balader dehors avec notre chien et notre fille aînée.

Par contre, comme nous l’avions pressenti, Fanny, l’arrière-grand-maman de notre maman a aussi participé au transfert en l’attendant au milieu du Tunnel. Et c’est encadrée, main dans la main, par Tante Mady et Fanny qu’elle est arrivée dans la Lumière où de nombreuses personnes, amis et membres de la famille l’attendaient.

 

Les pompes funèbres

Le 3 février, nous avons rendez-vous à 9h aux pompes funèbres. Nous sommes mon mari, Sylvie et moi et tous les trois, nous sommes étonnamment paisibles. Les choses sont aussi facilitées par le fait que notre maman avait des désirs très simples pour la prise en charge de son corps avec en outre son désir de ne pas faire de Service funèbre. Le fait qu’elle avait un tout petit réseau de connaissances nous simplifiait aussi la tâche.

Au moment de décider de l’enterrement ou de la crémation, Sylvie a cependant un petit doute, puisque, pendant un court moment, notre maman semblait préférer être ensevelie que brûlée. Elle décide donc de l’appeler et lui demande mentalement « C’est bon pour toi, la crémation ? » Et elle lui répond comme elle le faisait toujours sur le ton de l’évidence : « Mais bien sûr ! ».

Je crois que le responsable des pompes funèbres a rarement dû voir une famille aussi calme et sereine aussi peu de temps après la mort d’un proche.

 

Ultra-heureuse !

Le 5 février, je vais donner un coup de main pour continuer à vider les affaires de notre maman dans son appartement. Sylvie a eu de nouveaux contacts avec elle. Ma sœur me confie que notre mère a maintenant une voix très jeune et très claire et qu’elle est en pleine santé. Sylvie l’a sentie serrer son bras et poser sa tête sur son épaule. Maman lui a confié : « Pour rien au monde, je ne voudrais revenir sur Terre. C’est fantastique, c’est merveilleux. Je peux pas expliquer avec des mots. Les paysages sont magnifiques. La Lumière est remplie d’amour.»

En résumé, elle est ultra-heureuse. Toutes ses angoisses et toutes ses douleurs ont disparu à partir du moment où elle est entrée dans la Lumière. Et elle est très entourée. Elle a encore ajouté de son ton catégorique qui ne permet aucune discussion : « C’est terminé ! Je ne reviens plus sur Terre ! ».

Un peu plus tard, elle vient nous donner encore quelques compléments d’informations. Elle nous répète une fois encore qu’elle est « merveilleusement bien ». C’est Tante Mady qui est chargée de la coacher en permanence pour lui apprendre sa nouvelle vie. Elle le fera jusqu’à ce que sa protégée soit autonome. Maman a à ce moment-là beaucoup de peine à apprivoiser son nouveau corps et elle tombe en permanence. Peut-être, parce qu’elle a passé énormément de temps couchée dans son lit d’hôpital et, depuis plus d’une année, ses jambes gorgées d’eau étaient vraiment énormes. Il faut réapprendre à être légère !

Elle nous explique qu’elle est momentanément entre deux mondes, le temps de comprendre comment faire bouger sa nouvelle enveloppe corporelle. Et il paraît qu’elle est l’attraction des lieux ! Il y a de nombreux fous rires de maman et de tante Mady à cause de ces chutes inopinées. Mais pas de mal : elle atterrit sur des sortes de nuages ! Choupette, la chienne, est aussi là, à ses côtés, « ça fait drôle de l’entendre rire ! ». De nombreuses autres personnes/entités rient également avec maman, mais c’est un rire qui n’a rien de moqueur. C’est un rire enveloppé d’un profond amour.

 

Temps de partage

Le 6 février, le petit noyau familial se retrouve pour un temps de partage tel que demandé par maman. Elle voulait qu’on soit ensemble, comme lors des fêtes de Noël. Mon papa, son amie, Samantha et son fiancé, Laura et sa meilleure amie sont donc tous venus à la maison. Nous avons d’abord partagé comme de coutume une fondue chinoise. En bout de table, nous avons laissé une place libre pour maman, notre invitée d’honneur. A ce moment-là, c’est vraiment très chouette de sentir autour de nous les présences de nos proches désincarnés pour ce repas auquel ils sont tous conviés, Samantha m’ayant assuré qu’ils pouvaient eux aussi profiter de l’énergie des aliments posés sur la table. Il y a vraiment une joyeuse ambiance.

A l’issue du repas, nous montons dans mon spacieux bureau à l’étage pour y vivre un petit temps de recueillement « maison », que j’ai organisé comme me l’avait demandé maman du fait de mon parcours diaconal. Un temps qui nous laisse par moment quelques petites larmes à l’œil, mais également de jolis fous-rires au moment de partager les anecdotes des bons moments passés avec maman.

Sylvie nous ayant par ailleurs appris que maman aimait beaucoup les chansons de Queen. « Ah ! Freddy Mercury ! », je décide d’insérer une musique du groupe à notre moment de partage. Comme maman nous transmettait une vie vraiment très agréable de l’Autre Côté, une chanson me semblait bien appropriée : « Don’t stop me now ». Et justement, j’ai voulu l’arrêter avant la fin, puisqu’elle était un peu longue. Maman m’a presque grondée en demandant par l’intermédiaire de Sylvie de la laisser jusqu’au bout ! Il paraît qu’elle dansait comme une petite folle !

A l’issue de ce temps de célébration particulier, nous redescendons prendre le dessert et évidemment, maman a insisté pour avoir elle aussi un café et une tranche du fameux gâteau aux carottes de Samantha. Et bien sûr, elle demande qu’on dépose des bonbons-gommes qu’elle aimait tant de son vivant. Pas de chance, elle devra attendre le lundi pour que j’aie un paquet. A ce moment-là, lorsque je l’ouvre, je la sens proche de moi alors que je pique de temps à autres les friandises posées sur mon bureau. Je ne dois pas être la seule à en profiter !

Le moment de partage que nous passons en famille ce 6 février est au final bien plus la célébration dans la joie d’une renaissance à une Autre Réalité que la cérémonie nimbée de tristesse marquant la mort d’un proche aimé. Je me prends à rêver que ce type de cérémonie s’étende chez d’autres familles en deuil.

Deux jours plus tard, Samantha a la confirmation qu’elle est enceinte…

 

Coucou durant mon cours

Le 10 février, je donne un cours d’appui à deux jeunes élèves à Lucens. Pendant que je donne le cours à la petite élève de 8 ans, je sens très fortement la présence de maman dans la pièce. Elle est venue voir ce que je fais et elle semble approuver ma manière d’enseigner que j’essaie d’être la plus motivante possible. J’ai suis alors envahie par des sensations de joie profonde et un peu de fierté, ce qui m’a fait chaud au cœur.

Lorsque je suis avec mon deuxième élève, le frère de dix ans, je vois le jeune garçon se retourner plusieurs fois pour regarder là où je situe la présence de maman. Je lui demande ce qu’il se passe mais, évidemment, il m’affirme qu’il n’y a rien. Il n’est sans doute pas prêt à me dire ce qu’il perçoit malgré mes encouragements. Je n’insiste pas au vu du gros programme de révisions que nous avons devant nous et, surtout, pour ne pas le déstabiliser alors qu’il vient d’emménager dans le nouveau logement familial.

 

Visite à sa petite-fille

Autour du 10 février, Samantha a commencé à se sentir vraiment très mal : de très fortes nausées causées par sa grossesse. Les joies du premier trimestre ! Nous avions prévu de répandre les cendres de maman le jour où nous pouvions les récupérer aux pompes funèbres, soit le 12 février. Ne connaissant pas, à ce moment-là, la cause du malaise de Samantha et croyant à une gastro, nous décidons de repousser ce moment quinze jours plus tard, le 26 février, de manière à ce que Claude, qui travaille un vendredi sur deux puisse être présent.

Durant cette période de fortes nausées, Samantha passe beaucoup de temps sur son balcon au Locle, y compris la nuit, écoutant de la musique sur ses écouteurs en espérant se remettre. Une nuit, alors qu’elle pense à sa grand-maman, la playlist qu’elle écoute se change subitement toute seule pour diffuser une autre playlist qui rassemble des musiques que ma fille et sa grand-mère écoutaient ensemble à la radio. Samantha perçoit très nettement la présence de sa grand-mère à ses côtés. « Je sentais qu’elle était à côté de moi. J’étais à la limite de la voir, mais j’étais pas en état ». Trop épuisée pour faire de la clairvoyance, elle est néanmoins capable de clairaudience avec un dialogue mental, passant aussi par l’écrit pour Samantha qui rédige de nombreuses pages pour sa grand-maman. Il n’est de toute façon pas possible de communiquer à haute voix de nuit sur le balcon de l’immeuble sans déranger les voisins. Ce qui n’empêche pas de longues discussions : « Elle me parlait ! Elle me parlait ! », dit Samantha. Grand-mère et petite-fille se rappellent alors un nombre incroyable de souvenirs au fil et à mesure des musiques diffusées sur la playlist. « Un pur moment de bonheur ». Les moments évoqués sont souvent anodins, comme le fait que, petite, Samantha enlevait la panure des sticks de poisson pour la manger à la fin. Mais ce sont souvent ces petits détails qui font le charme de la vie. C’est à ce moment-là que ma cadette a des informations sur la nouvelle vie de sa grand-mère : « Elle est bien installée. Elle a sa maison, son jardin et elle vit avec Choupette ».

Cette nuit-là, Samantha s’inquiète aussi beaucoup pour la petite vie qu’elle porte en elle alors qu’elle est incapable de manger quoi que ce soit sans vomir tripes et boyaux. « Grand-maman a dit : « T’en fais pas ! Il va bien ! » de son ton rassurant si caractéristique. Samantha est même persuadée que sa grand-maman ressentait déjà que sa petite-fille était enceinte lorsqu’elle était encore hospitalisée.

 

Les enregistrements

Sans que nous soyons au courant de ce que vit alors Samantha, nous avons Sylvie et moi également la certitude, à peu près au même moment, que notre maman est désormais installée dans sa nouvelle maison.

Sylvie fait de temps à autres des essais d’enregistrement sur son téléphone portable très basique (ce n’est pas un smartphone). Jamais plus de 45 secondes, mais avec des résultats étonnants. Elle réussit ainsi à obtenir des sortes de chuchotements-bruissements que je suis incapable de comprendre. Sans doute à cause de sa médiumnité, Sylvie arrive à en percevoir le sens. Des paroles de maman qui sont des mots d’amour et des messages confirmant qu’elle est toujours en vie ailleurs.

Mais les enregistrements les plus spectaculaires sont faits alors que nous sommes une fois de plus ensemble à trier les affaires de notre maman. Sylvie lance l’enregistrement. Nous ne bougeons pas et c’est à peine si nous osons respirer de peur que le moindre bruit se répercute numériquement. Et à l’audition, nous découvrons avec surprise comme un fond de musique sortant d’une radio, des pépiements d’oiseaux, ainsi que les bruits caractéristiques d’une personne vaquant dans sa maison. Peut-être aussi le son d’un feu qui crépite et d’un cours d’eau qui passe à proximité. Nous sommes toutes les deux bluffées. Et sans nous concerter, nous avons toutes les deux l’image d’une petite maison de campagne avec son jardin arborisé. Nous sommes certaines que maman est en pleine installation de son nouveau Home Sweet Home. Bref, tout va bien pour elle.

 

La dispersion des cendres

Le 26 février, nous nous retrouvons mon papa, son amie, Laura, Samantha, Yan, Claude et moi pour aller répandre les cendres de maman à quelques pas de son appartement, dans le petit bois où elle s’était rendue si souvent pour nourrir les chats errants du voisinage. Ce lieu surplombe une « grotte », espace en plein air en l’honneur de la Vierge Marie. Même si nous sommes de confession protestante, l’endroit nous semble très approprié pour y laisser les reliques de l’ancien corps de notre maman.

Nous sommes étonnés du poids de l’urne en carton plus lourde et grosse que nous l’imaginions initialement et lorsque celle-ci est ouverte, nous regardons la poussière se cumuler à terre avec curiosité. Pas de tristesse en laissant les cendres filer à terre tant nous avons eu de preuves de la survie de notre maman dans l’Autre Monde. C’est un au revoir à un corps qui a fini son office, mais qui n’est pas du tout identifié à notre mère.

Il y a finalement quelque chose de bon dans ce temps de dispersion des cendres. Le sentiment que la boucle est bouclée.

Quelques heures plus tard, autour du copieux goûter que nous partageons ensemble pour prolonger notre rencontre, Samantha et Yan nous apprennent qu’ils seront bientôt parents. Une vie est partie pour laisser la place à une nouvelle.

 

Installée

Quelques jours plus tard, Sylvie me donne quelques nouvelles supplémentaires :

« Maman va bien ! Super bien ! Elle ne parle plus beaucoup le français. Elle dit que c’est difficile de communiquer, parce qu’elle est en train de le perdre. « Oh, j’y arrive plus ! », mais en fait il n’y a pas de problème. Elle m’en a débité de la tchatche ! Elle tchatche, mais elle tchatche ! »

Elle jardine. Elle dit que les couleurs et les fleurs ne sont pas la même chose que sur Terre.

Elle cuisine. Elle ne mange pas physiquement, il n’y en a pas besoin. C’est une sorte de repas symbolique et Tante Mady vient manger tous les jours. Tante Mady la chaperonne toujours, mais moins qu’avant.

Sylvie pense que Tante Mady est là pour lui apprendre à maîtriser ses pensées, puisqu’elles sont créatrices.

Maman a beaucoup d’invités, de personnes qui viennent la voir : Fanny [son arrière-grand-mère], sa maman, son frère (mais c’est plus difficile avec lui) et son papa. Il s’est excusé et elle s’est réconciliée avec lui [il était un père incestueux]. Il y a aussi des personnes qu’elle ne connaissait pas, mais qui sont devenues des amis. Ses nouveaux amis sont super géniaux !

Elle va souvent se promener avec Choupette, même s’il n’y en a pas besoin [la chienne n’a plus besoin de se soulager dehors !]. Un « jour », sur un coup de tête, maman avait envie d’aller au bord de la mer et elle s’est retrouvée instantanément au bord de la mer à marcher dans le sable avec Choupette. Elle pense à quelque chose et elle y est immédiatement. Il n’y a pas d’espace-temps. Ce qu’a dit maman : « Ma pensée créé mes journées. Comme si c’était une succession d’instants présents ». Elle vit exactement ce qu’elle penseElle vit une succession d’instants présents..»

Nous avons des informations complémentaires, alors que nous sommes avec Laura dans mon bureau :

« Maman m’entend et me voit. Les morts voient notre vie. Ils ont notre vie en visuel. Elle ne peut pas en dire plus, parce qu’elle n’est pas là depuis longtemps.

Elle va dans la forêt et près de rivières pour promener Choupette. Elle fait pousser des fleurs et des légumes. Les fleurs n’ont rien à voir avec ici. Ce sont des fleurs aux couleurs chatoyantes.

Elle a un petit ruisseau à côté de sa maison.

Il n’y a pas vraiment de différences par rapport au vécu sur Terre.

[Là-Haut], on créé sa propre réalité. On fait ce qu’on a envie. Elle créé tout ce qu’elle a envie. Elle créé instantanément.

Ce descriptif fait beaucoup réagir Laura :

« Il n’y a pas beaucoup de différences par rapport à ce que je fais En-Bas [dans les limbes, dimension proche de la Terre qui accueille notamment les êtres mythiques]. La différence, c’est que nous devons manger et boire réellement et qu’il y a des naissances là-bas. Les besoins primaires restent, mais nous pouvons aussi créer les choses par la pensée. Par contre ce que nous créons par la pensée est moins solide pour les objets et moins énergétique pour la nourriture qu’autrement. Les choses créées par la pensée se dégradent. Si l’énergie change légèrement, ça va craquer. » Laura explique que c’est pour cela que les créations par la pensée sont des dépannages. En-Bas, une maison solide devra être bâtie réellement. De la nourriture qui tient au corps devra être cuisinée.

« En-Haut, c’est plus stable quand on créé avec l’énergie. En-Haut tous les habitants sont sur la même longueur d’onde, alors qu’En-Bas, il n’y a pas la même énergie pour tout le monde. »

 

La Lumière

Quand j’évoque La Lumière avec Sylvie, ma sœur a immédiatement l’image de notre mère qui rentre dans cette Lumière. Elle transmet les images qu’elle a reçues :

« C’est le nouveau chez elle. Très lumineux. Avec un Amour inconditionnel. C’est comme un soleil qui n’éblouit pas tout en étant incroyablement lumineux. Maman est entrée dans sa nouvelle vie au moment-même où elle est entrée dans la Lumière. C’était « Home Sweet Home ». En entrant dans la Lumière, tu es chez toi. Tu reviens à la maison. Ton logement d’avant n’a plus d’importance.

Maman dit : « C’est chez moi. C’est un tel bonheur. C’est tellement puissant ! »

Sylvie ressent toute la force de La Lumière à travers sa connexion avec notre mère. Elle dit d’ailleurs : « Je me fais violence pour ne pas y aller. Ici VDM – vie de merde ! ».

Sylvie explique ensuite ce qu’elle a vu à la mort de notre maman :

« Je suis un observateur dans le Tunnel, comme un caméraman. Mais avec le badge : « pas le droit d’aller dans la Lumière ». Je les vois entrer toutes les trois dans la Lumière [notre maman, Fanny et Tante Mady]. Elle est accueillie par Dieu. Il y a une haie d’honneur. Je ne peux pas décrire avec des mots ! Je sais que si j’entrais dans la Lumière, je mourrais.

Après, ça devient compliqué, parce que je n’ai pas le droit d’entrer dans la Lumière. J’ai des bribes, comme si on m’envoyait des photos, mais ce n’est pas précis. Je « vois » de profonds ressentis.

J’irais bien boire le thé chez maman en décorporation. J’ai demandé, mais je n’ai pas le droit. Maman a dit : « Tu viendras, mais pas tout de suite ! ».

 

Des années de vie supplémentaires

Plus tard dans la rencontre, nous avons des éléments complémentaires :

Sylvie explique : « La rapidité d’évolution de maman est au-delà de ce qu’on imaginait. C’est prodigieux, l’évolution qu’elle a faite. »

Nous découvrons qu’elle a vécu entre 9 et 10 ans de plus que prévu initialement. Je suis scotchée ! Depuis longtemps, et je l’ai souvent verbalisé (Sylvie s’en souvient bien), je lui disais que je ne pensais pas que notre maman vivrait au-delà de l’âge de 72 ans. C’était pour moi la date limite. Laura pour sa part avait toujours été persuadée que sa grand-mère mourrait quand elle-même aurait autour de 15 ans. Nous avions donc toutes les deux ressenti clairement cette date limite.

Maman dit : « Mes 81 ans, c’est prodigieux, inespéré. C’est grâce à Sylvie. »

Sylvie explique : « Si maman avait vécu toute seule, malgré le fait qu’elle avait un grand amour pour ses petites-filles, elle aurait lâché prise. Avoir quelqu’un dans l’appartement, ça l’aidait à tenir. Ça lui donnait un but. 

C’est maman qui a décidé de vivre plus longtemps. Elle a eu le libre-choix. Au départ, c’était prévu qu’elle meure à 72 ans au grand maximum. Mais son libre-choix lui a permis de vivre au-delà. L’Au-Delà n’a pas imposé quoi que ce soit. D’autant plus que cette prolongation a été tout bénéfice pour son âme qui a beaucoup appris durant cette période. Cela a aussi été positif pour ses petites-filles, en particulier Samantha qui était très attachée à sa grand-mère. »

La décision de prolonger sa vie a été prise lorsque Sylvie est allée vivre chez elle. « Là, maman s’est dite : « Je n’ai plus envie de mourir » et tout le monde en a tiré un bénéfice. A 81 ans, elle est allée au-delà de ce qu’elle aurait dû. » D’ailleurs, les médecins ne comprenaient pas qu’elle soit encore en vie au vu de son état de santé !

Nous constatons que durant ses dix dernières années de vie, maman a énormément changé, apprenant à être reconnaissante, heureuse de ce qu’elle avait, développant beaucoup son humour et même l’autodérision. Nous sommes certaines qu’elle doit à cette prolongation de vie, le fait d’être arrivée beaucoup plus « haut » dans les paliers/fréquences de l’Au-Delà qu’elle ne l’aurait été autrement. Et elle a encore progressé depuis son décès.

« Maman n’est pas si en bas que ça. Il y a beaucoup de niveaux en-dessous d’elle. Elle a fait un bond en quelques jours. Elle est moins proche de nous que ce qu’elle était les autres jours. Elle est maintenant très heureuse dans sa maison et après elle évoluera à son rythme. Lentement et sûrement. »

 

Alexandra Urfer Jungen

 

La suite: 32. Géographie de l’Invisible