Le cerveau, réel siège de la conscience ?

 

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Le matérialisme de promesse

Le médecin du XVIIIe siècle Pierre Jean Georges Cabanis pensait que « le cerveau sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile ». Cette vision des choses n’a pas beaucoup évolué depuis lors.

L’idée dominante est que notre cerveau est une simple machine qui produit la conscience. Pourtant, ce postulat n’a pas de base scientifique. Cela n’empêche pas la plupart des scientifiques matérialistes de s’accrocher à l’hypothèse d’une conscience émergeant des neurones. Ils affirment qu’on finira bien par trouver un jour la preuve de leur postulat. Cette position est appelée « matérialisme de promesse ».

 

D’où vient notre conscience ?

Aujourd’hui, nous avons une connaissance étroite du fonctionnement de notre encéphale et absolument personne ne peut expliquer comment la conscience pourrait émerger de nos neurones. Pendant longtemps, on pensait qu’un certain type d’activité dans certains réseaux neuronaux donnaient toujours les mêmes pensées. Cette vision des choses a été invalidée et on parle aujourd’hui simplement de “corrélations neuronales de la conscience”. Cela signifie qu’il y a une corrélation entre une expérience de la conscience et l’activation d’un grand nombre de centres cérébraux. Mais ce phénomène ne nous renseigne pas sur ce que vit la personne subjectivement (est-ce qu’elle ment en disant qu’elle réfléchit à un sujet en particulier ? Est-ce qu’elle est triste ou joyeuse ? Est-ce qu’elle est préoccupée ?). Tout ce que l’on sait, c’est qu’il y a une activité neuronale (en d’autres mots un codage d’informations) lorsqu’on est conscient.

 

Les émissions sont produites dans la radio !

Comme l’a énoncé en 1891 déjà Ferdinand Schiller, philosophe à Oxford, les scientifiques ne peuvent ainsi mesurer que des corrélations : on constate que nos fonctions mentales peuvent changer lorsqu’un état cérébral se modifie (par exemple, quand les fonctions de notre cerveau sont endommagées). Cela ne signifie pas pour autant que notre conscience se trouve cloîtrée dans le cerveau même si ce postulat reste férocement défendu par un grand nombre de scientifiques matérialistes. On pourrait dire que, dans leur esprit, les émissions sont produites à l’intérieur même de la radio pour la simple et bonne raison que lorsqu’on détruit un appareil radio, il n’y a plus d’émissions audibles ! Dans la nouvelle vision qui se met en place aujourd’hui, le cerveau est comme un poste émetteur/récepteur. Il y aurait ainsi un « quelque chose » non-physique situé hors espace et temps qui interagirait avec le cerveau.

 

Conscience aiguë sans cerveau irrigué

Le phénomène des expériences de mort imminentes semble corroborer cette hypothèse, comme le souligne le professeur de psychiatrie Bruce Greyson : “La présence paradoxale d’une conscience aigüe, lucide, et d’un processus de pensée logique pendant une période d’irrigation insuffisante du cerveau soulève des questions particulièrement embarrassantes pour notre compréhension actuelle de la conscience et de sa relation aux fonctions cérébrales. Comme l’ont conclu d’autres chercheurs, une sensorialité nette et des processus perceptifs complexes pendant une période de mort clinique apparente ébranlent la conception d’une conscience exclusivement localisée dans le cerveau.” (1)

 

Corrélation ne signifie pas causalité

En résumé, voilà ce que disent les chercheurs Sylvie Déthiollaz et Claude Charles Fourrier :

« Actuellement, tout neuroscientifique « orthodoxe » part du postulat de base que les impulsions dans notre cerveau sont à l’origine du phénomène de la conscience. Tout ce que nous vivons, y compris nos pensées, nos croyances, nos intentions, notre sens du moi, résulterait d’impulsions neurochimiques. Bien que cette idée soit souvent énoncée comme une vérité qui aurait été prouvée scientifiquement, il est important de rappeler qu’il n’en est rien. En fait, cette affirmation repose uniquement sur trois constats :

–  Premièrement, il existe une corrélation entre l’activité mentale et l’activité cérébrale. Pourtant… cela n’implique ni causalité, ni identité entre les deux…  
   Deuxièmement, certaines lésions cérébrales provoquent l’altération ou la perte partielle, voire totale, des fonctions cognitives supérieures (comme la pensée, les émotions, la mémoire, etc.). Prenons l’analogie avec un poste radio : lui couper quelques circuits altère en général fortement ou même totalement son fonctionnement. Pourtant l’origine des sons ne se trouve pas dans l’appareil…  
  Troisièmement, on peut provoquer des états modifiés de conscience en stimulant électriquement le cerveau. Pourtant… là encore, pour les mêmes raisons évoquées précédemment, cela ne prouve rien.

 

La conscience à l’origine de l’activité cérébrale

En réalité, toutes ces observations peuvent aussi être expliquées par une vision non matérialiste de la conscience, c’est-à-dire où celle-ci serait au contraire à l’origine de l’activité cérébrale. Il s’agit simplement d’une question d’interprétation. Et les neurologues ont-ils vraiment opté pour la plus convaincantes ? Car la vision matérialiste ne permet pas d’expliquer les phénomènes hors norme de la conscience autrement qu’en les réduisant à des hallucinations. Elle n’explique pas non plus les nombreux cas répertoriés et étudiés scientifiquement de personnes vivant une vie tout à fait normale, présentant même parfois un QI au-dessus de la moyenne et une carrière brillante, alors qu’elles n’ont pas de cerveau « discernable », par exemple en raison d’une anomalie de développement au cours de l’enfance ! Des cas extrêmement difficiles à expliquer en évoquant la seule plasticité neuronale… d’autant plus quand ils apparaissent à l’âge de la retraite, suite à une affection qui détruit tout le tissu cérébral. Sans oublier des nombreux cas d’EMI survenues lors de morts cliniques, où la conscience a été capable de prouesse étonnantes, alors qu’elle n’aurait même pas dû être en mesure d’halluciner !

Mais surtout, la vision matérialiste ne permet toujours pas de résoudre ce que le philosophe australien David Chalmers a nommé « le problème difficile de la conscience ». On peut le résumer ainsi : comment nos expériences subjectives peuvent-elles naître de processus physiques dans notre cerveau ?… L’identification des processus cérébraux ne nous renseigne pas sur le vécu intime d’une personne et ne nous dit rien de la conscience. » (2)

 

Alexandra Urfer Jungen

 

 

1. B. Greyson, “Incidence and Correlates of Near-Death Experiences in a Cardiac Care Unit”, General Hospital Psychiatry, 25, 2003, p.275
2. Sylvie Déthiollaz, Claude Charles Fourrier, Voyage aux confins de la conscience, Guy Trédaniel éditeur, 2016, pp.203-205