Le cerveau comme un filtre

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La fermeture aux autres niveaux de réalité

« On peut concevoir le cerveau comme un filtre qui nous empêcherait de percevoir ce que l’on pourrait qualifier d’« autres niveaux de réalité ». Il agirait comme un régulateur qui nous permettrait de ne capter qu’une seule gamme d’ondes à la fois sous peine de disjoncter. Il s’agirait simplement de résonance par accord vibratoire. Si la conscience est associée à la vibration, on peut envisager que suivant les changements de fréquence de cette dernière, il y aurait changement de niveau de conscience et donc changement de réalité. Ce modèle permet de mieux comprendre comment Nicolas [Fraisse, qui a notamment la capacité de faire des sorties de corps à volonté] pourrait vivre certains phénomènes : il aurait simplement la capacité de changer très facilement de fréquence vibratoire… Notre espace-temps correspondrait à une certaine fréquence de la conscience et ne représenterait qu’une infime partie de la réalité. Dans une sortie hors du corps – ou dans tout autre état modifié de conscience non-ordinaire -, la conscience quitterait la fréquence vibratoire qui lui permet d’évoluer, par l’intermédiaire du corps physique, dans cet espace-temps. La dimension physique ne serait alors plus perçue, sauf si la nouvelle fréquence de la conscience est encore très proche. Mais quand la fréquence adoptée est beaucoup plus élevée que celle du monde physique, la conscience ne percevrait plus notre réalité et pourrait évoluer dans des dimensions totalement différentes. » (1)

 

Une valve de réduction

L’expérience menée le jour de l’an 1961 par Huston Smith confirme cette idée. Ce jour-là, le chercheur en études religieuses du MIT à l’Université de Harvard prit une dose moyenne de mescaline sous la surveillance de Timothy Leary, chercheur en psychologie, lui aussi à Harvard.

« Comme dans le mythe de la caverne de Platon, ce que je voyais maintenant me frappait avec la force du soleil, à côté de quoi l’expérience normale se résumait à la perception d’ombres vacillantes sur un mur… La conception de Bergson d’un cerveau fonctionnant comme une valve de réduction me sembla juste.» (2)

 

La conscience au-delà du corps matériel

Le philosophe français Henri Bergson, le parapsychologue britannique Frederic Myers et le psychologue et philosophe américain William James pensaient déjà à la fin des années 1800 que le cerveau n’était pas à l’origine de la conscience, mais qu’il l’actualisait. En d’autres termes qu’il la rendait réelle en étant en fait un simple récepteur.

Ils rejoignent là des penseurs comme René Descartes, le philosophe anglais Gilbert Ryle ou Camille Flammarion, mais également le prix Nobel de médecine John Eccles et le philosophe Karl R. Popper. Tous, s’insurgent contre une vision de la conscience humaine produite exclusivement par le cerveau. Pour eux, il ne fait pas de doute qu’il s’agit là d’une vision réductionniste et que notre conscience est clairement située au-delà du corps matériel.

 

L’interface “cerveau”

Avec nos mots d’aujourd’hui, on dirait que notre cerveau est une sorte de processeur ou d’interface qui traite l’information et l’énergie qui proviennent de la conscience.

D’ailleurs, l’expérience menée par Benjamin Libet, neurochirurgien de l’Université de Californie, et le physiologiste allemand Hans Kornhuber a démontré que notre volonté cérébrale agit APRES que le cerveau ait reçu l’impulsion d’effectuer un mouvement. (3)

L’expérience consistait à demander à des cobayes de plier brusquement les doigts en choisissant eux-mêmes le moment en se basant sur le cadran d’une horloge. L’électroencéphalogramme a montré que l’aire du cerveau qui commandait les mouvements de la main réagissait peu avant l’aire de prise de décision de bouger les doigts. L’ordre d’exécuter le mouvement était donc parti d’ailleurs…

 

Ce que nous percevons…

« Nous percevons seulement ce que le filtre de notre cerveau laisse passer. Le cerveau – en particulier son hémisphère gauche linguistique/logique, celui qui génère le sens de la rationalité et la sensation d’être un soi ou un ego bien défini – est un obstacle à notre connaissance et à notre expérience supérieures. » (4)

« Dans la théorie du filtre, le cerveau physique sert de valve de réduction ou de filtre à travers lequel la conscience universelle, ou l’Esprit collectif, est filtrée, ou tamisée, jusqu’à notre perception humaine plus restreinte du monde qui nous entoure. De plus, je suggère que cette fonction de filtration est intimement liée au néocortex, la surface externe (et la partie humaine) du cerveau… Je fais l’hypothèse que le néocortex joue un rôle prédominant dans la quantité et le type de conscience qui est filtrée de l’Esprit Collectif. Sa fonction de filtration consiste à limiter et à réduire, ne laissant passer ainsi qu’un filet de conscience qui devient notre perception du monde autour de nous.» (5)

Sans ce filtre, nous vivrions en permanence des expériences transcendantes et ce qu’on appelle phénomènes paranormaux serait notre normalité quotidienne…

 

Alexandra Urfer Jungen

 

1. Sylvie Déthiollaz, Claude Charles Fourrier, Voyage aux confins de la conscience, Guy Trédaniel éditeur, 2016, p.218
2. Mario Beauregard, les pouvoirs de la conscience, InterEditions, p.200
3. B.Libet, “Unconscious cerebral initiative and the role of conscious will in voluntary action”, Behavioral and Brain Sciences, 8, 1985, pp 529-566
4. Eben Alexander, La preuve du Paradis, voyage d’un neurochirurgien dans l’après-vie, Guy Trédaniel éditeur, 2013, p.104,
5. Dr Eben Alexander et Karen Newell, Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience, Guy Trédaniel éditeur, 2017, pp. 110-11