La psycho-neuro-endocrino-immunologie

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Une nouvelle discipline médicale

On a longtemps pensé que le système nerveux et le système immunitaire fonctionnaient sans réelle interaction, mais depuis une trentaine d’années on sait que ce n’est pas le cas.

Dans un premier temps, les chercheurs ont remarqué qu’il y avait une communication transmises par des messagers chimiques entre le cerveau et le système immunitaire. Une communication allant par ailleurs à double sens, puisqu’elle allait aussi du système immunitaire au cerveau. Ils ont par la suite découvert que le système endocrinien était lui aussi impliqué dans cette communication.

De cette découverte est née une nouvelle discipline médicale : la psycho-neuro-endocrino-immunologie. Elle « a permis de mettre en lumière certains mécanismes révélant une intrication étroite entre pensées, émotions et réactions physiologiques. Bien que le cerveau soit le siège des processus cognitifs, c’est l’ensemble du corps qui réagit à la pensée, et en retour affecte nos fonctionnements cérébraux : une pensée peut donner naissance à des émotions qui finissent par se manifester dans le corps. De la même manière, une expérience corporelle génère des émotions qui nourrissent la pensée. Il s’agit d’un va-et-vient constant et permanent » (1).

 

Quand nos pensées influencent notre santé

Nos émotions et nos pensées peuvent influencer notre santé après avoir été traduites chimiquement. (2) C’est typiquement le cas avec le stress. Si celui-ci est positif lorsqu’il concerne un temps limité, il s’avère très vite néfaste lorsqu’il nous touche sur une longue durée. « Des stress aigus ou chroniques peuvent accroître la durée et la gravité des maladies infectieuses, réactiver des virus latents et prolonger la cicatrisation des plaies… Les situations et les événements qui sont perçus comme incontrôlables, comme le chômage et les désastres naturels, peuvent également affaiblir les réactions immunitaires. (3) De plus, les états émotionnels négatifs chroniques, comme ceux notés dans les dépressions majeures, sont associés à une mortalité accrue. (4). Une augmentation du risqué de décès et un affaiblissement de l’immunité sont également observés chez des conjoints endeuillés durant les premières années après le décès de leur partenaire. (5)

A l’opposé des émotions négatives, les états émotionnels positifs peuvent améliorer la santé de manière spectaculaire. Par exemple, dans une autre étude de PNI [psycho-neuro-immunologie], des chercheurs ont administré le virus de la grippe aux participants. Ceux-ci furent placés en quarantaine, et les réactions au virus furent analysées en fonction de l’état émotionnel des participants. Les résultats démontrèrent que les participants dont l’état émotionnel était positif avaient un risque réduit de développer la grippe. (6) Un état émotionnel positif est aussi associé à une diminution de la mortalité. (7)

La plupart du temps, nous influençons notre réseau psychosomatique et notre santé de manière inconsciente et involontaire. Cependant, certaines recherches suggèrent qu’il est aussi possible d’exercer un impact conscient et volontaire sur l’activité de notre réseau psychosomatique. A ce sujet, plusieurs études (8) indiquent, chez des personnes atteintes d’un cancer, que la combinaison de la relaxation et de l’imagerie mentale – cette capacité à former des images mentales d’objets ou d’événements qui ne sont pas dans le champ sensoriel – réduit l’anxiété et la dépression, diminue les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie, et accroît l’activité du système immunitaire et la qualité de vie.” (9)

 

Pour conclure, on peut noter les points de convergence de la psycho-neuro-endocrino-immunologie avec les effets placebo et nocebo.

 

Alexandra Urfer Jungen

 

 

  1. Le mystère des guérisseurs, Audrey Mouge, Editions de la Martinière, 2013, p.56
  2. Zachariae, « Psychoneuroimmunologia : a bio-psycho-social approach to health and disease », Scandinavian Journal of Psychology 50, 2009, pp645-651
  3. Ray, « The revolutionary health science of psychoendoneuroimmunology », Annals of the New York Academy of Sciences, 1032, 2004, pp35-51
  4. Cujpers, F.Smit, « Excess mortality in depression : a meta-analysis of community studies”, Journal of Affective Disorders 72, 2002, pp 227-236
  5. A. Everson, D.E. Goldberg, G.A. Kaplan, R.D.Cohen, E. Pukkala, J. Tuomilhehto, J.T. Salonen, « Hopelesness and risk of mortality and incidence of myocardial infarction and cancer”, Psychosomatic Medicine 58, 1996, pp 113-121
  6. Cohen, C.M. Alper, W.J. Doyle, J.J. Treanor, R.B.Turner, “Positive emotional style predicts resistance to illness after experimental exposure to rhinovirus or influenza A virus”, Psychosomatic Medicine 68, 2006, pp 809-815
  7. Chida, A.Steptoe, “Positive psychological weel-being and mortality; a quantitative review of prospective observational studies”, Psychosomatic Medicine 70, 2008, pp 741-756
  8. S. Gordon, “Mind-body medicine and cancer”, Hematology/Oncology Clinics of North America, 22, 2008, pp 683-708
  9. Dr Mario Beauregard, Un saut quantique de la conscience, pour se libérer enfin de l’idéologie matérialiste, Guy Trédaniel éditeur, 2019, pp 46-47