Les stigmates

 

Que sont les stigmates ?

Les stigmates sont des blessures qui saignent sur les mains, les pieds et la cage thoracique (parfois le front), en rappel des blessures subies par le Christ lors de sa crucifixion.

Ces signes ont été attribués à la sainteté de la personne, à de l’hystérie ou à des mystifications. En réalité, ce phénomène est souvent bien plus complexe que cela.

 

Qui a eu des stigmates ?

Saint François d’Assise (né en 1181 ou 1182 et mort le 3 octobre 1226) est le premier homme ayant montré des stigmates. Les blessures apparurent après quarante jours passés en contemplation de la Passion de Jésus. Ses stigmates étaient très particuliers puisqu’ils montraient des protubérances ayant la forme de clous qui dépassaient des blessures.

Depuis cette date, on répertorie environ 350 cas, la plupart du temps venant de personnes très croyantes. Ce fut le cas de Sainte Catherine de Sienne, de Sainte Gemma Galgani et du Padre Pio pour ne citer qu’eux.

 

Les analyses concernant les stigmates

Jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle, il n’y avait aucun doute : les stigmates étaient un signe de sainteté. Ensuite une vision beaucoup plus médicalisée va prendre le dessus. Les psychologues qui ont étudié les cas de stigmatisés pensaient ainsi que ces étranges blessures étaient créées psychosomatiquement.

Deux éléments amenèrent le doute sur l’origine divine des blessures: en premier lieu le fait que certains stigmatisés n’étaient pas réellement des saints. Mais, l’élément primordial a été le fait que les stigmates apparaissaient en divers endroits, même s’il y avait toujours cette constante d’une présence sur les pieds, les mains et la cage thoracique. Dans ce dernier cas, la blessure pouvait apparaître du côté gauche ou du côté droit du corps et les mains ou les poignets pouvaient être touchés selon les personnes (historiquement, les condamnés par crucifixion étaient cloués aux poignets et non dans la paume de la main bien trop fragile pour supporter le poids du corps. Cette imagerie de mains clouées est néanmoins la plus répandue dans l’iconographie chrétienne). On est au final bien loin d’une unanimité de blessures chez les stigmatisés.

 

Reproduction d’une imagerie

On s’est aperçu en fait qu’il y avait des corrélations fortes entre les stigmates et les blessures du Christ représentées sur les statuettes ou images que les stigmatisés avaient l’habitude de regarder durant leurs prières.

On a même pu créer de toute pièce des stigmates, comme l’a rappelé le psychiatre Ian Stevenson : « Dans les années 20, un médecin allemand eut la chance de rencontrer une jeune fille protestante qui parvenait facilement à entrer en hypnose profonde. Impressionnable à un très haut point, elle assista à une projection de diapositives qui décrivait de manière détaillée les souffrances de Jésus comme il était conduit à la croix et crucifié. Le jour suivant, la fille se plaignit de vives douleurs aux mains et aux pieds (aux endroits où les clous avaient été enfoncés dans les membres de Jésus). Saisissant l’opportunité, le docteur hypnotisa la fille et lui demanda d’imaginer des clous profondément enfoncés dans ses mains et ses pieds. Le jour suivant, la fille présentait des blessures ouvertes à ces endroits-là. En conséquence, le médecin la persuada de simuler les autres blessures de Jésus, y compris celles de la couronne d’épines avec des lésions triangulaires identiques à celles que des épines laisseraient… » (1)

 

La thèse de la focalisation

Ian Stevenson propose une thèse pour expliquer le phénomène des stigmates : « Quel est alors le rôle joué par la sainteté dans l’apparition des stigmates ? Le lien, selon moi, se fait par la concentration ou focalisation de l’esprit sur des zones particulières du corps. De nombreux (ses) saint(e) sont complètement plongé(e)s dans la vie et la mort de Jésus et déterminé(e)s à lui ressembler le plus possible. Il est difficile pour une personne ordinaire de comprendre le degré d’intense identification atteint par certaines de ces personnes avec Jésus. En agissant ainsi, leur focalisation sur ses blessures produit des lésions similaires sur leur corps. Je ne veux pas dire que la concentration soit le seul facteur important de l’apparition des stigmates », mais il y a d’autres exemples qui montrent que des images mentales peuvent créer des lésions corporelles.

« Une mère éprouve parfois des douleurs d’imitation ou « de sympathie » au même endroit où son enfant ressent une douleur. Parfois, les effets d’imitation vont au-delà de la douleur et comprennent des altérations visibles dans les tissus affectés. Par exemple, une mère regardant son jeune fils en train de jouer vit le lourd pan d’une fenêtre à guillotine tomber sur sa main et écraser trois de ses doigts. Immédiatement, elle ressentit une vive douleur aux mêmes régions corporelles que celles blessées de son fils. Ensuite ses doigts enflèrent. Une inflammation purulente apparut qu’il fallut traiter. » (1)

 

Réaction du corps à l’hypnose

L’hypnose est reconnue pour sa capacité à faciliter le processus psychophysiologique. On peut accélérer ou ralentir de battement de cœur, diminuer des œdèmes, stopper des saignements. On peut créer une anesthésie dite « en gant et chaussettes » qui marque des démarcations sur les membres ne correspondant pas au réseau nerveux des bras et des jambes. Il est aussi possible de provoquer des cloques sur la peau en faisant croire que le crayon qui touche la peau est en fait une cigarette. On a même réussi à faire apparaître des lettres après les avoir « écrites » sur la peau du sujet. Il faut noter que la réactivité des tissus de la peau entre aussi en ligne de compte. Certaines personnes ont une peau qui marque beaucoup et d’autres pas du tout.

On peut dire qu’un élément primordial pour qu’il y ait une altération corporelle suite à des images mentales est la capacité d’absorption. Le sujet doit être impressionnable et avoir la capacité de se perdre mentalement dans les images qui lui sont montrées ou qu’il a imaginées. On parle de bonne capacité d’absorption lorsqu’on appelle le sujet et que celui-ci est tellement plongé dans ce qu’il fait qu’il n’entend pas quand on lui parle et qu’il ne répond pas.

 

L’effet « violence »

On sait aussi qu’il est possible de reproduire par hypnose des blessures issues de souvenirs traumatiques. Une femme qui se rappelait des coups de bâtons que lui donnait son père dans cet état modifié de conscience reproduisait les traces de frappes sur sa peau, y compris la forme sculptée du bâton. D’autres personnes se rappelant leur enfance d’enfants battus ont pour leur part vu apparaître des stries rouges sur leur corps.

Dans le cas des stigmates, on décèle clairement cet aspect de violence typique des souvenirs traumatiques, ceux-ci semblant faciliter la focalisation de l’attention. Mais évidemment, dans le cas d’une reproduction de la Passion du Christ, l’extrême violence du supplice vécu par Jésus sur la croix est complétée par une autre focalisation chez le croyant : celle de l’amour du Christ mort pour sauver les humains de leurs péchés qui est un fondement de la vision chrétienne.

 

Des individus hors-normes

En conclusion, l’apparition des stigmates sans cause médicale et par simple focalisation sur la Passion du Christ est un phénomène clairement paranormal, dans son sens stricte : un phénomène qui n’est pas explicable par les lois, les mécanismes normaux. On peut penser que l’état de méditation de certains saints peut s’apparenter à une forme d’autohypnose extrêmement profonde qui pourrait expliquer l’apparition de marques physiques. Mais au-delà, la question de la foi semble néanmoins essentielle lorsqu’on parle de saints stigmatisés. Les marques rappelant la Passion du Christ ne sont généralement qu’un des éléments non-ordinaire de leur existence. Ces personnes avaient en effet fréquemment d’autres capacités hors-normes qui en ont fait des êtres à part et des messagers reconnus de la Parole de Dieu pour les croyants. Le simple fait qu’ils aient réussi par leur simple foi à faire naître de telles capacités est sans aucun doute le signe d’une spiritualité et d’une connexion avec l’invisible bien au-delà de la normale.

 

Alexandra Urfer Jungen

 

1.    Ian Stevenson. Réincarnation et biologie, la croisée des chemins, Dervy. 2002, p.37-38