Quand un cerveau abîmé devient très efficace

 Photo CJ

Quand on enlève des parties de cerveau

Un cerveau abîmé peut-il fonctionner correctement ? Intuitivement, nous dirions “non !”. Pourtant, la réalité vient dans de nombreux cas contredire ce que nous souffle la logique.

Karl Lashley a démontré au début du XXe siècle que des rats de laboratoire pouvaient résoudre des énigmes, même lorsqu’on leur enlevait 90 % du cerveau. Étonnamment, c’est une caractéristique que partagent les êtres humains : on a en effet remarqué que les épileptiques, mais aussi les cancéreux avaient rarement la mémoire affectée lorsqu’on leur retirait des parties du cerveau pour les soigner.

S’appuyant sur ce fait, le chercheur en psychologie et sciences cognitives Karl Pribram a développé la théorie holographique dans laquelle il défend l’idée d’une distribution générale des souvenirs dans tout le cerveau. Chacune des parties de l’encéphale contiendrait ainsi toute la mémoire de l’individu. Mais des recherches récentes montrent que notre cerveau n’a pas une capacité suffisante pour cela.

 

Le cerveau a disparu !

Encore plus étonnant: cette découverte relatée dans la revue scientifique The Lancet de juillet 2007. On y découvre qu’un Français, mari, père de deux enfants qui travaillait dans l’administration s’est rendu à l’hôpital pour une petite douleur à la jambe gauche. Après plusieurs investigations, une IRM du cerveau est faite et, là, surprise : les médecins s’aperçoivent que cet homme qui a une vie tout ce qu’il y a de plus normale a la boîte crânienne vide : il manque 90% du cerveau ! « Aucune théorie n’explique comment une personne, dont 90% des neurones sont absentes, peut avoir un comportement tout à fait normal » a réagi le psychologue Axel Cleermans de l’Université de Bruxelles. (1) Le psychologue conclut qu’un cerveau endommagé petit à petit a l’incroyable capacité de s’adapter (ce père de famille avait souffert d’hydrocéphalie durant son enfance).

Ce n’est pourtant pas là un cas unique. Le neurologue John Lorber a consacré une étude aux hydrocéphales et il a constaté que, dans cette pathologie, le liquide peut remplir de 50 à 95% de la boîte crânienne. Logiquement, les personnes les plus atteintes devraient souffrir d’un grave handicap intellectuel. Or, c’est exactement le contraire qui se passe, puisque l’étude de John Lorber a montré que la moitié des personnes ayant 95% de la boîte crânienne remplie de liquide avait un QI supérieur à 100. Un des étudiants qui avait seulement un millimètre de cerveau compressé contre la boîte crânienne avait même un QI de 126 ! Certains ont relevé que la mesure effectuée par John Lorber n’était pas parfaitement exacte, mais il n’empêche qu’un cerveau faisant 50 ou 150 grammes est tout de même largement en deçà du kilo et demi qu’on pense indispensable à l’existence humaine ! Comment un cerveau quasi-inexistant peut-il faire presque mieux qu’un cerveau normal ?

 

La lucidité terminale

La même question se pose avec le phénomène de « lucidité terminale ». Comment est-il possible à des malades d’Alzheimer en état de démence profonde d’avoir de nouveau des capacités intellectuelles normale peu avant de mourir ? Comment un cerveau avec de telles lésions, avec une structure cérébrale en grande partie détruite, peut-il permettre tout à coup à des personnes mourantes de recouvrer la mémoire et un comportement normal ?

 

Le cas des EMI

Même remarque avec les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente. Pour elles, il ne fait aucun doute que leur conscience était augmentée et non altérée lors de leur EMI et que la réalité dans laquelle elles étaient plongées à ce moment-là était « plus réelle » que leur vécu quotidien. Dans cet état, elles avaient « le sentiment de se réveiller d’un rêve ».

Rien n’explique physiquement ce phénomène. C’est ce que souligne notamment Eben Alexander, ce médecin qui a vécu une EMI bouleversant totalement sa compréhension du monde (voir “Le cas Eben Alexander“). Le neurochirurgien a enquêté sur sa méningite-encéphalite bactérienne.  La maladie avait provoqué un coma tellement profond que son cortex cérébral était inactivé, c’est-à-dire que la zone permettant entre autres la conscience de soi, la mémorisation et la perception ne fonctionnait plus. Son encéphale n’aurait même pas dû être capable de créer une hallucination !

Situation identique pour ce patient hospitalisé à l’hôpital de Thiers en France. Il a été capable de faire la liste exacte des instruments utilisés, de dire quelles discussions ont été abordées entre soignants et de décrire un badge avec exactitude alors qu’il se trouvait dans le coma suite aux très graves complications d’une varicelle. Son état physique ne lui permettait théoriquement pas de percevoir quoi que ce soit. Et ce ne sont là que deux exemples pris au hasard.

 

Une voiture roule plus vite avec le moteur éteint !

Comment un cerveau qui ne fonctionne pas peut-il enregistrer quoi que ce soit avec une grande cohérence et beaucoup d’exactitude ? Comment des personnes en situation de mort imminente peuvent-elles avoir des souvenirs précis de leur expérience alors que leur cœur ne bat plus et que leur électroencéphalogramme est plat. Comme le souligne le Dr Charbonier: ce serait admettre qu’une voiture roule plus vite avec un moteur éteint ! Une vision illogique pourtant ardemment défendue dans l’approche matérialiste dominante aujourd’hui.

On peut aussi prendre l’image de la télévision : « Qui s’attendrait à ce qu’une télévision débranchée et dont aurait retiré les composants essentiels se mette à produire une image bien plus nette et bien plus belle, aux couleurs incomparablement plus riches de nuances, qu’en temps normal ?… Si ces expériences sont des hallucinations que l’évolution du cerveau humain a progressivement retenues pour adoucir notre transition vers ce qui serait un néant, le mécanisme est incroyablement et inutilement sophistiqué. Pourquoi l’approche de la mort s’accompagnerait-elle d’un vécu aussi riche et aussi intense alors qu’il suffirait d’un simple interrupteur ? » (2).

 

Alexandra Urfer Jungen

 

1. https://qz.com/722614/a-civil-servant-missing-most-of-his-brain-challenges-our-most-basic-theories-of-consciousness/
2. Jocelin Morrisson, L’expérience de mort imminente, Editions de La Martinière, 2015, p.17