La conscience intuitive extraneuronale

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Le cerveau ne produit pas la conscience

“Suite à des études sur le développement intellectuel de l’enfant, le psychologue suisse Jean Piaget considérait qu’avant d’atteindre dix ou onze ans, les enfants européens ressemblent à un peuple “primitif”. Ils ne savent pas que l’esprit se confine au cerveau et pensent qu’il s’étend dans le monde autour d’eux. Mais vers onze ans, la majorité a assimilé ce que Piaget appelait la vision “correcte”: “Les images et pensées se situent dans la tête” (1)

Et pourtant :

« Plus nous en apprenons sur la structure biologique du cerveau, plus il devient clair que le cerveau ne créé pas la conscience, ni ne sert de support à la mémoire : Le cerveau ne produit pas plus la conscience qu’il ne produit les ondes sonores quand vous entendez de la musique. En fait, la situation est exactement l’inverse : nous sommes conscients malgré notre cerveau. » (2)

 

Fonctionner dans le monde matériel

Aujourd’hui il est difficile de prendre en compte les informations données par notre “nature spirituelle », parce que nous avons été habitués à fonctionner dans le monde matériel. Pour la majorité de la population le temps et l’espace sont réels, la conscience est bien au chaud dans le cerveau et nous avons uniquement accès à la réalité par l’intermédiaire de nos cinq sens.

« Cette théorie est un modèle fonctionnel efficace la plupart du temps. Si quelqu’un nous jette une pierre, une partie automatisée de nous-même, le moi écologique, calcule instantanément la trajectoire, la compare à notre position et nous fait baisser la tête si les deux se croisent. En terme de survie biologique, il est important de s’identifier psychologiquement à son moi écologique et de donner la priorité à la protection du corps physique. De fait, il est très difficile de ne pas automatiquement s’identifier au fonctionnement de son moi écologique !

Nous savons maintenant, au terme de décennies de recherches en psychologie et en neurophysiologie, que cette conception naïve de la perception – selon laquelle la conscience se contente de percevoir le monde extérieur directement, comme un appareil prenant une photo – est inadéquate. Presque toute perception est le résultat d’une pensée rapide, implicite et automatisée, un ensemble de jugements, d’analyses et d’extrapolations sur les événements en cours et leur rapport avec nous… En cas de menace, celui qui voit instantanément et dont la rapidité d’action est supérieure a une meilleure chance de survie que celui qui se livre à un long processus séquentiel d’analyse…

Il est utile de concevoir notre conscience ordinaire comme un processus qui créé une simulation dynamique en continu de la réalité, un modèle du monde, un théâtre intérieur de l’esprit, une réalité virtuelle bio-psychologique dans laquelle la conscience évolue.» (3)

 

Le conscience en deux parties

Le Dr Jean-Jacques Charbonier, comme plusieurs autres collègues, défend ainsi l’idée d’une conscience en deux parties. La première serait la « conscience analytique cérébrale » qui est la forme de conscience telle qu’on la conçoit traditionnellement. Elle reçoit les informations à travers nos cinq sens et elle va les trier en les comparant aux autres données de notre mémoire. Elle nous permet de nous situer dans le temps et dans l’espace et un électroencéphalogramme permet de la mesurer efficacement.

La deuxième forme de conscience serait la « conscience intuitive extraneuronale » (ou “conscience non-locale”) qui a une forme immatérielle et est externe au corps humain. Elle fonctionnerait selon les règles régissant le monde des particules (physique quantique). La conscience intuitive extraneuronale n’est de ce fait pas limitée par l’espace et le temps et elle réside dans un univers hors espace et temps.

 

Le cerveau et le corps comme stations relais

Le Dr Pim van Lommel, même s’il n’emploie pas le même vocabulaire que son collègue français, défend cette vision: “La conscience complète et infinie [ou conscience intuitive extraneuronale], avec ses souvenirs accessibles, a son origine dans un espace non local [au sens que lui donne la physique quantique] sous la forme de fonctions d’ondes indestructibles et non observables directement. Ces fonctions d’ondes, qui contiennent tous les aspects de la conscience sous forme d’information, sont toujours présentes dans le corps et autour de lui (non localement [encore une fois au sens que lui donne la physique quantique]). Le cerveau et le corps ne fonctionnent que comme des stations relais recevant une partie de la conscience totale et une partie de nos souvenirs dans notre conscience de veille sous la forme de champs électromagnétiques mesurables et perpétuellement changeants. Selon ce point de vue, ces champs électromagnétiques ne sont pas la cause, mais les effets ou conséquences de la conscience infinie“. (4)

Cela rejoint étonnamment la vision chamanique, puisque, dans cette approche, « l’histoire de vie d’une personne n’est pas uniquement « stockée » dans son cerveau, mais gravite en lui et autour de lui ; elle fait partie de son âme, elle la structure et c’est avec cet aspect invisible que le chamane entre en contact s’il doit effectuer un soin sur la personne. » (5)

 

Pourquoi la conscience analytique domine-t-elle nos perceptions ?

La conscience analytique cérébrale, la conscience telle qu’on l’entend traditionnellement, se développe de plus en plus avec le temps puisqu’elle dépend de nos apprentissages. Plus ceux-ci sont nombreux et délivrés sur une longue période et plus les formatages auront pu se faire, inhibant de ce fait la conscience intuitive extraneuronale, celle située dans l’espace non local.

Ainsi, les personnes ayant de longues études à leur actif auront majoritairement une conscience analytique cérébrale très développée et par conséquent une faible probabilité d’entrer en lien avec leur conscience intuitive extraneuronale. A l’opposé, les jeunes enfants qui n’ont pas de long parcours scolaire derrière eux sont beaucoup plus connectés à leur conscience intuitive extraneuronale.

La majorité des adultes n’a accès qu’à quelques bribes de conscience intuitive extraneuronale en temps normal. Il faut un événement majeur, comme une EMI, un coma ou le sommeil physiologique, pour faire taire la conscience analytique et avoir enfin accès à la conscience intuitive.

 

Le rejet des informations dissonantes

Le Dr Charbonier estime par ailleurs que les informations délivrées par la conscience intuitive qui ne « collent » pas avec ce qu’on a appris, celles qui sont trop dissonantes, sont rejetées. Il s’agit d’un mode instinctif à l’image de ce qui se passe chez un conducteur expérimenté qui n’a plus besoin de réfléchir quand il est au volant.

Il est possible que le diméthyltryptamine ou DMT produit par la glande pinéale joue lui aussi un rôle dans notre accès à notre conscience extraneuronale.

 

Le phénomène global des EMI

Le Dr Charbonier pose ainsi l’hypothèse que toute personne anesthésiée, dans le coma ou ayant vécu une situation de mort imminente a bien vécu un événement extraordinaire, mais elle n’en a tout simplement pas gardé le souvenir conscient. Le fait que les enfants relatent beaucoup plus souvent que les adultes des phénomènes paranormaux semble valider cette théorie.

On note aussi que nombre d’expériences hors-normes disparaissent autour de l’âge de 7 ans , c’est-à-dire quand l’enfant commence à suivre un enseignement scolaire faisant travailler plus fortement sa conscience analytique cérébrale.

Le Dr Sam Parmia confirme l’idée que, certainement, beaucoup plus de patients vivent des expériences de mort imminente que le 39% des patients qui lui a fait ce type de récit : « Cela suggère que davantage des personnes peuvent avoir une activité mentale dans ces circonstances mais perdent ensuite ces souvenirs après leur guérison, soit à cause de dommages cérébraux ou de l’effet des médicaments sur la formation des souvenirs. » (6)

 

Des perspectives médicales nouvelles

Le Dr Charbonier a mis en pratique sa théorie en faisant appel à des médiums au bloc opératoire durant certaines anesthésies pour vérifier que tout se passait correctement durant l’opération. Il a procédé de même auprès de comateux, un atout majeur, puisque cela a permis de savoir lorsque ceux-ci avaient des douleurs non détectées par le personnel médical. Les patients pouvaient également transmettre certaines informations à leurs proches et, dans les cas très graves, dire s’ils étaient prêts à être « débranchés ».

Le Dr Charbonnier a par ailleurs mis au point une méthode permettant à des personnes endeuillées de se connecter sous hypnose avec des défunts, là aussi en s’appuyant sur la conscience intuitive extraneuronale. Grâce à cette “transcommunication hypnotique” (TCH), les conséquentes statistiques ont montré que 85% des participants avaient eu la sensation de quitter leur corps, 65% des sujets avaient eu la sensation d’être mis en contact avec un défunt, 35% pensaient avoir pu communiquer avec lui et 22% pensaient avoir reçu des informations du défunt (7).

Ce ne sont là que quelques applications simples de la conscience intuitive extraneuronale dans les domaines médicaux et psychologiques, mais on peut imaginer d’autres usages, comme dans la recherche. Nul doute que bien des domaines de notre quotidien pourraient être littéralement métamorphosés par cette nouvelle vision de la conscience.

 

Alexandra Urfer Jungen

 

 

1.Rupert Sheldrake, Réenchanter la science, une autre façon de voir le monde, J’ai Lu, 2016, p.344
2. Dr Eben Alexander et Karen Newell, « Voyage d’un neurochirurgien au cœur de la conscience, Guy Trédaniel éditeur, 2017, p. 89.
3. Charles Tart, Le psychologue, la science et l’extraordinaire, InterEditions, Paris, 2012, p.153
4. Dr Pim van Lommel, Mort ou pas, les dernières découvertes médicales sur les EMI, InterEditions, 2015, p.240
5. Samuel Socquet, Qui sont les anges gardiens ? Editions de La Martinière, 2015, p.132
6. Sam Parnia, What happens When We Die ? A Groundbreaking Study Into the Nature of Life and Death, Hay House, 2007
7. Dr Jean-Jacques Charbonier, La conscience intuitive extraneuronale, un concept révolutionnaire désormais reconnu par la médecine, Guy Trédaniel éditeur, 2017