L’intuition de la mort prochaine

 Photo AUJ

Prémonition de la mort prochaine

Ce n’est souvent qu’après coup, en faisant le bilan des jours passés, qu’on réalise qu’un proche avait eu l’intuition de sa mort prochaine, même lorsqu’elle est accidentelle.

Elisabeth Kübler Ross a relevé que de nombreux enfants avaient eu l’intuition de leur mort prochaine, y compris s’il s’agit de décès accidentels ou d’assassinats : « Beaucoup [de parents] ont découvert, à certains indices, le pressentiment que leur enfant avait eu de sa mort… Ils découvrent dans des dessins spontanés, dans des poèmes ou quelque autre création, à première vue insignifiante, des messages cachés, un langage symbolique employé par les plus jeunes, messages dont souvent le sens n’apparaît qu’après la mort. Il arrive qu’après un accident mortel arrivé à leur enfant, des hommes trouvent des cartes dissimulées, écrites à l’avance pour la Fête des Pères. Un enfant laisse un billet sur la table de la cuisine : « Je t’aime, Maman ». D’autres révèlent dans leurs dessins, par le choix du sujet ou des couleurs, leur certitude intime de la mort proche. » (1)

On repère le même phénomène chez les adultes.

 

L’utilisation du langage symbolique

A l’hôpital, le malade peut ainsi avoir une intuition aiguë de son départ prochain, alors que le personnel médical lui-même ne le soupçonne pas.

Les malades utilisent couramment le langage symbolique pour indiquer leur futur décès, un vocabulaire souvent en lien avec leurs passions ou leur ancien métier.
« Je dois prendre le bateau. Où est le bon quai ? » … « Je pars en vacances, il est temps que je fasse mes bagages » … « Et mon passeport ? Il est où mon passeport ?! » … « Mon train est pour bientôt, je ne dois pas le rater. » … « J’ai encore mes cartons à faire pour le déménagement. »… Pour préparer sereinement sa mort, le malade a besoin de pouvoir parler de l’issue qu’il pressent. Mais il ne sait pas si, en face de lui, ses proches sont prêts à entendre qu’il va mourir. Ils lui ont peut-être même dit, par complaisance ou parce qu’ils veulent vraiment le croire, qu’il va guérir…  Alors, pour prévenir qu’ils sont sur le départ, les mourants utilisent généralement, dans un premier temps, un langage symbolique, propre au processus de mourir. Ils s’expriment avec des métaphores assez naturellement en lien avec le voyage, ou un changement de lieu. Ils parlent d’avion, de train, de bateau, de voiture, de douane, de valise, de frontière… Ces symboles peuvent parfois faire écho à leur vécu. Un marin dira que son bateau est prêt à prendre le large. » (2).

Ce n’est qu’après avoir ainsi tâté le terrain et constaté que ses proches sont prêts à entendre ce qu’elle a à dire que la personne mourante se sentira prête à parler clairement de son départ prochain.

 

Mieux accompagner

Encore faut-il comprendre ce phénomène, car ces métaphores sont souvent prises pour du délire ou de la confusion, tant du côté des équipes soignantes que de la famille – au même titre que les autres épisodes dits de conscience accrue à l’approche de la mort” (visions de paysages grandioses et de proches décédés venus les “chercher”, etc.). ” Être en mesure d’écouter ces alertes envoie le message que l’on perçoit ce qui est en train d’arriver; ça autorise la personne en fin de vie à partir et, avant cette échéance, à régler ce qui doit encore l’être “, souligne Lucy Warren, [infirmière en soins palliatifs et praticienne en mémoire cellulaire]. Mettre en ordre les liens et l’existence qui se clôt permet d’accomplir cette ultime mise au monde, ce “travail de trépas”, comme l’appelle le psychanalyste Michel de M’Uzan. Ainsi, partir en paix, autant que faire se peut. Et pour ceux qui restent, d’accomplir un travail de “pré-deuil“. (3)

 

Témoignage de rêve prémonitoire

La mort prochaine peut aussi apparaître en rêve comme en a témoigné la psychologue américaine Helen Wambach dans son ouvrage “Revivre le passé”. Voilà ce qu’elle raconte:

J’enseignais la psychopathologie et, en travaux pratiques, je demandai à chacun de noter au moins un de ses rêves et de l’apporter en cours, de façon à illustrer la technique d’analyse des rêves… Un jour, une étudiante nommée Sheryl raconta un rêve qu’elle avait fait la nuit précédant le cours. Elle se trouvait dans une voiture avec plusieurs camarades de la faculté; ils roulaient très vite. Soudain, en abordant un virage, le véhicule quittait la route et s’écrasait dans le fossé. Elle se voyait assister à l’accident depuis un point élevé et éprouvait un choc en découvrant son propre corps étendu sur le bas-côté. Elle était décapitée. L’impression dominante du rêve n’était pas tant celle d’un horrible cauchemar que l’émerveillement de se trouver hors de son corps.

Le rêve de Sheryl me permit d’illustrer brillamment ma démonstration du jour: les rêves sont liés à la réalité quotidienne! J’expliquai longuement que Sheryl devait exprimer ainsi le conflit qu’elle éprouvait: profiter de ses études pour s’amuser ou bien travailler pour réussir ses examens. Je lui dis que, à mon avis, la séparation de sa tête d’avec son corps lui signalait le risque d’ennuis au moment des examens, à moins qu’elle se décide à étudier sérieusement. Elle accepta en riant mon interprétation…

Le semestre se termina peu après et j’oubliai complètement le rêve de Sheryl. J’avais commencé un autre cycle de cours quand, trois mois plus tard, je rencontrai un des étudiants qui avait participé aux sessions d’interprétation des rêves. Il me demanda: “Vous souvenez-vous du jour où Sheryl nous avait raconté son accident de voiture?” Il me regarda d’un air grave et je me rendis compte alors qu’il était profondément ému. Il finit par me dire: “Elle a eu un accident de voiture la semaine dernière. Elle a été pratiquement décapitée. ” Je m’assis sur un banc sans pouvoir dire un mot, horrifiée. Il poursuivit: “Nous sommes quelques-uns à en avoir parlé entre nous. Qu’en pensez-vous? Croyez-vous que nous puissions voir notre mort en rêve?” Je ne savais pas quoi répondre. La belle analyse que j’avais faite à l’époque, qui m’avait parue si intelligente, s’écroulait. Sheryl avait eu la prémonition de sa propre mort. Bouleversée, je me tournai vers on interlocuteur: “Je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas… C’est un tel choc… Mais je me souviens d’une chose: Sheryl nous avait dit que ce n’était pas un cauchemar; alors, on peut peut-être penser qu’elle savait qu’elle allait mourir et qu’elle l’acceptait ?” (4)

 

La sensation d’une fin prochaine

La médium américaine Allison DuBois affirme que de nombreuses personnes avaient la sensation d’une fin prochaine avant de mourir : “La plupart des morts que j’ai pu faire s’exprimer avaient senti leur fin arriver. Ils disent parfois même qu’ils ont toujours su qu’ils partiraient prématurément, ou qu’ils connaissaient approximativement l’âge auquel ils mourraient. Ils le sentaient, par intuition ou par flashs leur montrant la façon dont ils allaient mourir, et cela leur faisait peur … Nous sommes nombreux à être incapables de nous visualiser prenant de l’âge, ou même juste avec des rides et des cheveux blancs. Mais certains défunts m’ont confié qu’ils savaient qu’ils allaient mourir jeunes.“(5)

 

Alexandra Urfer Jungen

 

1. Elisabeth Kübler Ross, La mort et l’enfant, Editions du Tricorne/Editions du Rocher, 1986, p.41
2. Carine Anselme, Quand la mort arrive, une enquête à la frontière de la vie , Editions de la Martinière, 2013
3. Carine Anselme, “Le chant du cygne”, Inexploré, N°50, p.104
4. Helen Wambach, Revivre le passé, sous hypnose, mille cas de retour dans les vies antérieures, Robert Laffont, 1976
5. Allison DuBois, Ce que nous disent les défunts, France Loisirs, 2009, p. 116