La magie noire

 

Qu’est-ce la magie noire ?

Contrairement à la magie blanche, dont le but est de divertir ou, dans les meilleurs cas, de faire des prières pour aider son prochain, la magie noire est pratiquée dans le plus grand secret dans l’intention de nuire à autrui. Elle prend la forme d’un rituel au cours duquel on conclut des pactes. Sur un autel, le mage invoque les forces du mal afin d’acquérir leur puissance et de les faire agir dans un sens donné. Elle peut être pratiquée dans le but de lancer un sortilège ou de faire un maléfice sur un individu ou un groupe, et peut mener à la prise de possession. La pratique de la magie noire est un « acte de guerre » puissant.

 

Les procédures utilisées en magie noire

Tous les esprits ou démons peuvent être manipulés au cours de rituels de magie noire. Il existe deux façons principales de procéder. Premier cas de figure : l’auteur invoque un esprit ou un démon pour utiliser sa force afin d’envoyer le mal ou la désolation sur quelqu’un. Son objectif est d’acquérir un pouvoir professionnel, politique, de séduction ou financier.

Il s’agit dans ce cas d’une programmation de maléfice ou de sortilège plus rarement utilisé lors d’un acte de magie noire. Elle touche l’âme de la victime, donc son corps énergétique, pollue son esprit et engendre des répercussions sur son mental ; perte de confiance, peurs, angoisses inexpliquées la menant jusqu’à la dépression, voire à la destruction. Deuxième cas de figure : l’auteur demande à un esprit ou à un démon de s’attaquer directement à une personne ou à un groupe de personnes (entreprise, exploitation, animaux…) pour la ou les détruire physiquement et socialement. Dans ce cas, on ne parle plus de programmation, mais de parasitage. Ce qui renvoie au phénomène des djinns rencontré au Maghreb.

 

Le pouvoir par le Pacte

Au cours d’un acte de magie noire, il est couramment demandé à un esprit ou à un démon de nous investir d’un pouvoir déterminé par un pacte. On peut demander à Satan, Belzébuth ou Lucifer le pouvoir et la connaissance pour maîtriser certains éléments (actions financières, politiques, etc.), faire souffrir quelqu’un, figer un opposant, faire disparaître la chance, soumettre autrui à son amour, gagner au jeu, subtiliser un travail, faire avorter un projet, semer la zizanie, provoquer des accidents, envoyer la maladie, tuer… Dans le vaudou haïtien, pour prendre la vie de quelqu’un, on fait appel à l’esprit (loa) du « Baron samedi » ; il est représenté par un visage symbolisant la mort, vêtu d’une redingote noire, avec une queue -de-pie et un chapeau haut de forme. La victime qui ne s’alimente plus meurt alors à petit feu.

 

La messe noire

La magie noire relève de rituels impliquant plusieurs personnes, lors d’un cérémonial appelé « messe noire » de culte satanique ou luciférien en Europe, « cérémonie vaudoue » en Afrique et aux Antilles, ou encore « quimbanda », branche noire de la « macumba », au Brésil. Le rite initiatique est une cérémonie occulte qui consiste à initier un individu choisi ou élu pour le faire entrer dans un cercle donné, le plus souvent une société secrète, et lui permettre d’accéder à des fonctions précises. Le rituel est établi à un moment défini de l’année pour donner la force de la transmission de la connaissance (par exemple, à la Saint-Jean).

Dans la messe noire, on trouve des similitudes avec la messe de l’Eglise catholique qui met en scène un prêtre ou un officiant, des assistants, des célébrants – les victimes qui vont prêter leur corps pour le rite – et les cercles de fidèles, formulant une demande particulière. Ils pratiquent la magie noire à l’aide de leurs rituels, en faisant appel à des démons de diverses catégories. Ceux-ci prennent possession à la fois du corps – qu’ils utilisent pour se mouvoir et parler – et de l’âme. Lors de la cérémonie, on fait appel à une force occulte, parfois par l’intermédiaire d’une idole « consacrée » à un démon, pour bénéficier de ses pouvoirs. Il n’est pas rare que celui qui officie – souvent appelé « grand prêtre » – se revête de la soutane et du surplis d’un prêtre catholique et célèbre une parodie de messe en latin. Dans les cultes sataniques, des objets tels que des crucifix à l’envers ou des pentacles sont souvent mis à contribution.

 

Cérémonie vaudoue

Au cours d’une cérémonie vaudoue, la « poupée vaudoue » – représentant l’esprit d’une personne – peut être mise en offrande sur l’autel pour acquérir des forces. La « poupée dagyde » est utilisée quant à elle dans le rituel pour réaliser un maléfice. En plantant des aiguilles dans ces figurines en cire d’abeille, en chiffon ou en bois, le but est de nuire à la personne, à un endroit précis – le cœur, les poumons… -visant le plus souvent la mort. On peut glisser à l’intérieur de la poupée les ongles et les cheveux de la victime ou coller sa photo. Par une incantation, le sorcier invoque les forces maléfiques pour faire une programmation sur une personne donnée. Dans le vaudou, on emploie les mêmes lois pour le bien et pour le mal. Le sorcier est autant sollicité pour guérir que pour maudire.

Dans tous les cas, un protocole est établi, avec les associés, impliquant un sacrifice par le sang sur l’autel. Ce peut être celui d’un animal (coq noir, pigeon, mouton noir, etc.) ou encore d’un humain comme des enfants, voire des bébés égorgés, dépecés, le cœur arraché… Ces pratiques barbares sont malheureusement répandues dans le vaudou. Pour agir, certaines forces occultes ont besoin de sang, d’eau ou de vin…

Le plus souvent, il est demandé au sollicitant de s’entailler la peau pour qu’il signe avec son sang, sur un parchemin animal, un engagement sous forme de pacte avec une force du mal qui peut être Belzébuth, Satan ou encore Lucifer. C’est ainsi que certains vendent leur âme à un démon, voire au Diable ! Ce pacte va être dressé par celui qui officie dans une cérémonie « houanga » chez les vaudous, « quimboiseurs » aux Antilles « dada-rabés » à Madagascar -, à l’aide de formules bien établies. Quand le parchemin est brûlé, il est très dur de revenir en arrière, sauf à invoquer le sacrement du baptême. Car l’empreinte de Dieu reste, même s’il y a eu renoncement…

 

Où se font les rituels ?

Le grand cérémonial de magie noire se fait parfois en pleine nature, dans une clairière, à certains moments de l’année, la plupart du temps lors de la lune montante ou pleine. C’était le cas des sorcières de Sabbat qui chantaient des litanies et dansaient à une certaine cadence pour faire venir Satan, appelé à semer la discorde et à faire avorter les femmes. Mais il existe aussi des temples sataniques dans les villes où l’on monnaye très cher les actions de magie noire.

 

Matérialisations lors de rituels de magie noire

Lors d’un rituel, les forces invoquées pour envoyer un maléfice sont parfois si puissantes qu’elles peuvent s’inscrire dans la matière. Générant des ondes, les incantations adressées au corps énergétique d’une personne y pénètrent et s’y fixent en passant par un objet, qui peut être les plumes d’un oreiller, d’un traversin ou d’un édredon… « J’ai pris mon oreiller et que j’ai ouvert et étalé les plumes. J’en ai trouvé tissées en forme de couronne, très résistante, comme si elles avaient été collées », m’a raconté un souffrant. J’ai pu le constater moi-même ; c’est stupéfiant à voir ! Un humain aurait du mal à tresser des plumes avec autant de soin et de précision. Forcément, on atteint plus facilement sa victime lorsqu’elle se trouve dans un état de non-vigilance, plongée dans un sommeil profond, ses ondes cérébrales fonctionnant au ralenti. Pour mettre fin au maléfice, un exorcisme sur la personne ne suffit pas, il faut aussi brûler le support de ce maléfice.»

Tiré de l’ouvrage : Père Georges de Saint Hirst, L’exorcisme, guérison des maladies de l’âme, entretiens avec Julie Klotz, Guy Trédaniel éditeur, 2018, pp 111-116