L’analyse du VSCD par un psychothérapeute

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Diagnostic erroné des psys

Pour de nombreux psychologues et psychiatres, les visions de proches défunts, qu’elles se déroulent en état de veille ou de sommeil, sont le signe d’hallucinations causées par le stress du deuil ou la dépression. Cependant, ces expériences ont la caractéristique de se passer la plupart du temps de manière inopinée et soudaine, alors que le proche du défunt ne pense pas forcément au décédé. Les personnes qui désirent le plus avoir un signe de leur proche décédé ne sont généralement pas celles qui vont en avoir.

Le psychiatre et psychothérapeute français Christophe Fauré qui recueille fréquemment des récits de VSCD dans son cadre professionnel explique dans l’ouvrage « Après » de Stéphane Allix :
« S’il s’agissait d’un mécanisme de protection contre la douleur, cela apparaîtrait de manière presque systématique chez toutes les personnes en deuil. L’esprit humain possède des mécanismes de protection, ils sont assez universels et pas si nombreux que cela. Et surtout on les connaît, on les observe et ils s’activent dès que nécessaire chez tout le monde. Or tout le monde ne fait pas de VSCD, alors pourquoi ne se produiraient-ils qu’à certains moments et chez certaines personnes uniquement ? »

 

Ce ne sont pas des hallucinations !

Il ajoute à la question si les VSCD ne sont pas simplement des hallucinations : « Ce ne sont pas des hallucinations parce que l’hallucination est un symptôme psychotique. Elle survient soit dans un contexte d’altération de la conscience liée à un produit extérieur – drogue, alcool-, soit à cause d’un dysfonctionnement psychique, un délire paranoïaque, un trouble de type schizophrénique comme Alzheimer qui peut engendrer des hallucinations…Une hallucination n’apparaît pas seule, spontanément, chez quelqu’un de parfaitement sain d’esprit. Quand une personne commence à avoir des hallucinations, on détecte très vite d’autres symptômes associés. Ça se voit. Une hallucination envahit la vie de la personne, alors que les VSCD n’ont pas de caractère envahissant. J’observe que les personnes qui me racontent ces VSCD n’ont aucun trouble psychique. Au contraire même…S’il s’agissait d’hallucinations, on aurait affaire à l’émergence d’un trouble psychique qui conduirait à observer toute une série de symptômes de ce trouble. Or cette expérience n’enclenche pas un mode de fonctionnement psychotique. En outre les hallucinations s’accompagnent de tout un ensemble d’images extrêmement variées, angoissantes et de toutes natures.

 

Différences entre bouffées délirantes et VSCD

A l’inverse, les VSCD ont des scénarios très simples et systématiquement reliés à la personne disparue… On décrit souvent la bouffée délirante comme « un coup de tonnerre dans un ciel serein ». C’est-à-dire quelque chose qui brutalement, bien que n’ayant jamais eu de manifestation psychiatrique, entre subitement dans un épisode psychotique. Mais là encore, ça va durer plusieurs heures, plusieurs jours. Dans une bouffée psychotique délirante, on observe de surcroît un délabrement psychique. Le fonctionnement de la personne est altéré. Et elle le vit quasiment toujours de façon négative. L’expérience est anxiogène, traumatique. Le sujet n’arrive plus à assumer son travail ses relations… Dans une bouffée délirante, les gens ont besoin d’être hospitalisés parce qu’ils sont complètement envahis par leur délire. Mais avec les VSCD, ce n’est pas du tout le cas. On a vraiment des choses très ponctuelles, très courtes… et surtout l’impact en est bénéfique. Quelque chose arrive de manière complètement inopinée, dans un contexte de non-altération de la conscience, ou alors simplement lorsque la personne est en train de basculer de la veille au sommeil, c’est-à-dire quand le moi est moins en vigilance et plus détendu. Ça peut survenir vraiment n’importe quand. Et c’est toujours positif…
Après cette expérience, la personne ne développe pas d’autres manifestations bizarres. Cet événement ponctuel ne s’inscrit pas dans un tableau psychotique, et il a un impact apaisant qui remet en perspective le vécu du deuil de la personne. Ensuite, malheureusement, même si ça vient un peu adoucir le vécu du deuil en distillant ce petit espoir que quelque chose de la personne aimée continue à vivre, cela ne permet pas de faire l’économie du travail de deuil. »

 

Stéphane Allix, « Après, quand l’au-delà nous fait signe », Albin Michel, 2018, pp 54 à 57