Recettes du bonheur

 

 

Vous cherchez le bonheur ? Pas très original comme quête ! Vous devez être au moins la sept-milliardième personne à vous en réclamer (et je suis modeste !).

Mais si vous imaginez trouver Le Bonheur facilement ou simplement en atteignant un objectif déterminé, j’ai le grand regret de vous ôter toutes vos illusions.

Non ! Non ! Non ! Vous ne serez pas parfaitement béat de félicité lorsque vous serez riche ou lorsque vous aurez trouvé l’âme sœur ou lorsque vous aurez enfin décroché ce poste de travail convoité ou lorsque vous serez en parfaite santé.

Ce n’est pas comme cela que ça marche.

Ce serait bien plus simple, c’est certain, mais voilà : Le Bonheur se mérite. C’est un cheminement qui ne se construit qu’au travers des liens et d’un changement de perspective.

Changement de perspective qui pourrait débuter par : faisons la chasse aux petits bonheurs de la vie.

Parce que si le Grand Bonheur peine à se montrer, les petits bonheurs, eux, sont foison. Il suffit juste d’ouvrir grands les yeux et de vous demander ce qui provoque chez vous un « Ahhhh ! » de contentement ou un « Ohhhh ! » d’admiration.

Pas besoin de chercher loin. Les réponses sont dans votre quotidien :

Siroter tranquillement une boisson chaude après une longue promenade dans le froid hivernal, découvrir un parterre de fleurs, accrocher le sourire d’un enfant, admirer le ciel nocturne, découvrir que vous êtes le week-end et que vous n’avez pas besoin de vous lever (jouissif !), assister à un spectacle de qualité, partager un repas convivial avec ceux que vous aimez, voir un arc-en-ciel, échanger un fou rire avec des amis…

Il y a tant de petites joies à vivre au cours d’une journée ! Vos heures en sont même truffées. Il suffit seulement d’apprendre à les repérer.

Et finalement, tous ces petits (parfois très petits) bonheurs cumulés, ça ne vous fait pas un Grand Bonheur à l’heure du coucher ?

 

Je vous l’accorde. Il y a des jours où il est impossible de se connecter sur ce canal-là. Vous avez mal dormi, vous êtes en retard, votre voiture est tombée en panne et vous avez fait une erreur au travail qui vous doit les remontrances de votre chef de service.

Nous vivons tous des moments comme cela où tout se cumule pour nous mettre de mauvaise humeur.

Partant du principe qu’il n’est jamais bon (pour le moral et la santé) de tout intérioriser, le mieux à faire n’est-il pas de l’exprimer ? Pas forcément à haute voix (pas la peine de risquer un divorce ou votre poste de travail avec des rouspétances !). Mais mon Grand Patron, lui, est l’interlocuteur parfait pour ça.

Avis de spécialiste !

En plus, il n’est pas rancunier, alors, vous pouvez y aller :

« J’en ai marre ! Rien ne va ! Qu’est-ce que j’avais dans la tête le jour où j’ai décidé de venir jouer une Partie de vie sur cette planète ! Et vous tous, là-haut, ça va de vous la couler douce pendant que nous, on s’en prend plein la tronche pour pas un rond ? »

En ce qui me concerne, la litanie peut durer assez longtemps. Il est vrai, aussi, que n’ayant pas reçu une éducation religieuse en bonne et due forme, je ne sais pas forcément employer… les formes pour parler avec l’Autre Côté.

Mais qu’est-ce que ça fait du bien de vitupérer !

Quelques petits jurons pour faire bonne dose et soudain, sans savoir comment, vous vous sentez léger, léger… Prêt à repartir du bon pied et à vous concentrer sur l’essentiel :

« Où en étions-nous, déjà ? Ah oui ! Repérage des petits bonheurs de la journée ».

 

Moi, ce qui m’amuse aussi pour me donner un bon moral, c’est de jouer à la fée Clochette (les hommes peuvent s’imaginer en Merlin l’Enchanteur).

Faire de la magie, c’est magique !

Chaque fois que je croise quelqu’un, surtout les personnes qui ont l’air toutes tristes ou préoccupées, j’utilise une petite baguette mentale avec une grosse étoile dessus (comme celle des enfants) et « ding », avec l’aide de mon Grand Patron, je leur envoie une petite bénédiction par-ci, une journée et une vie pleine de bonheur par-là, la paix du cœur et de l’âme, l’énergie et la joie, une existence illuminée. Bref tout ce qui me passe par la tête, pourvu que ce ne soit que du positif.

Pour le reste, je m’en fiche totalement de s’avoir qui sont ces gens, ce qu’ils font et s’ils méritent vraiment qu’on leur souhaite le meilleur. Ce qui m’importe, c’est juste de m’amuser avec ma baguette magique virtuelle.

Parfois, je vise encore bien plus gros et dans ma tête j’envoie une chute du Niagara de bonnes choses sur une école, sur le magasin où je fais les courses ou même sur une ville entière.

La fée Clochette, elle est peut-être petite, mais elle est costaud !

Bien sûr, au final, je n’ai aucune idée si toutes ces pensées de félicité que je fais circuler autour de moi ont un réel effet sur ceux que je croise. Je l’espère de tout mon cœur, mais au fond, l’important n’est pas là. Le principal, c’est qu’à moi, ça ne m’apporte que du bien : d’agréables frissons qui vous secouent tout l’intérieur, zygomatiques retendus, énergie retrouvée.

Si c’est positif pour moi, pourquoi m’en priver ?

 

Avec tout ça, j’ai tout de même fini par comprendre que le bonheur ne peut jamais se construire seul. Je crois même qu’il est impossible d’être réellement heureux sans réussir à créer le bonheur de l’autre.

Pourquoi ?

Simplement parce que nous sommes tous reliés (merci la physique quantique de m’avoir éclairée sur la question !). Nous sommes toujours contaminés par notre entourage.

Vous imaginez ce que nous envoient les gens hyper-tristes qui pensent qu’il leur est impossible de sortir du malheur ?

Alors, moi, je vous le dis : pour être heureux, il faut être encore plus fort qu’eux et s’imbiber de gaieté pour transformer positivement la communication invisible qui se tisse entre nous tous. A nous de transmettre plein de bonnes choses là où ne règne que l’obscurité intérieure.

Et qui sait ? Peut-être pourrons-nous ainsi changer un tout petit peu le monde ?

En plus, agir comme cela, ça offre une nouvelle super recette du bonheur en vous transformant d’un seul coup en super-héros de super film d’action.

Ben oui ! Vous êtes désormais un agent secret mandaté par « Ciel & Co » :

« Votre mission, si vous l’acceptez, est de pirater le programme humain pour y insérer un nouveau logiciel de joie. Attention ! Ce message ne s’autodétruira jamais ».

Moi, ça me donne la pêche d’imaginer qu’en fait, la ménagère, c’est la couverture qui cache le soldat des Forces spéciales du Bonheur.

Ça ne rend pas bien ça ? Forces spéciales du Bonheur ?

On dirait le titre d’un gros blockbuster américain ! Peut-être que nous pourrions faire plus d’entrées que les Avengers avec une bonne promotion ?

Mais pour cela, il faudrait sans doute coupler une deuxième mission aux Forces spéciales du Bonheur :

« Agent Da9, nous vous demandons d’approcher les individus « perdus ». Vous devrez les aider à retrouver leur voie en leur rappelant leurs compétences et leurs talents délaissés. Pour cette mission, si vous l’acceptez, nous vous donnons le permis de faire vivre ! ».

Parce que, s’il y a autant de gens malheureux, c’est aussi parce que les aléas de la vie leur a fait oublier ce pourquoi ils sont nés et qu’ils ressentent vaguement que le chemin qu’ils empruntent n’est pas forcément le bon. Et ça, ça leur fait tout mal à l’intérieur.

Quel gâchis de gâcher ses talents !

Mais il est vrai qu’il y a aussi quantité de personnes qui ne sont heureuses que malheureuses. Vous pourrez les sortir cent fois de la mouise, elles y replongeront sans cesse avec délectation.

Ça, ce sont les shootés du malheur.

Ceux qui se font un trip chaque fois qu’ils sont des victimes.

De vrais toxicomanes qui se mettent (souvent inconsciemment, il est vrai) en situation de recevoir leur dose de peptides quotidienne. Vous savez ces minuscules molécules sécrétées au centre du cerveau par l’hypophyse et qui vont ensuite circuler dans le corps et se connecter auprès des cellules pour communiquer les infos de l’encéphale.

Il y en de toutes sortes des peptides. Même pour les émotions.

Peu à peu, comme pour toute drogue, le corps demandera une augmentation de la dose. Les cellules vont se modifier en multipliant les capteurs destinés à accueillir les peptides du modèle « Je-suis-la-pauvre-victime-de-tous-ces-gens-qui-sont-si-méchants-avec-moi ».

Chacun s’éclate comme il peut !

En ce qui me concerne, je préfère me shooter à l’Amour divin. Je trouve ça moins mauvais pour la santé et les relations interpersonnelles.

 

Facile à dire, s’énerveront certains. Et les grands malheurs ? Les catastrophes naturelles ou artificielles qui font quantités de victimes, la perte d’un être cher, la découverte d’être porteur d’une maladie mortelle, la faim, les guerres, la torture, et toutes les autres abominations dont sont capables les hommes.

Il paraît que même ça, on l’a en grande partie programmé.

Ce qu’on pouvait être stupide quand on était dans la Cité des Anges !

Parfois, j’aimerais bien pouvoir crier :

« Stop ! On efface tout ! Je me suis trompée !  En fait, je voulais une petite vie bien tranquille durant laquelle je peux réaliser tous mes désirs les plus chers.

Hein ? Qu’est-ce que vous dites ? C’est pas comme cela que cela marche ? Vous en êtes sûrs ? »

C’est que nous ne sommes pas ici pour nous la couler douce (nous aurons toute l’éternité pour cela). Nous sommes là pour bosser !

Si j’avais si, j’aurais pas venu !

Au moins, nous ne sommes pas censés vivre plus d’horreur que nous ne pouvons en supporter. C’est en tous cas ce que l’on prétend dans le prospectus de promotion !

Et puis, avec un peu d’entraînement, il semblerait qu’on peut même s’offrir un séjour un peu plus cool.

Un peu d’imagination créative et hop ! Finis les ennuis !

Facile à dire, mais pas à faire. Dites ! Comment on réagit quand on a été conditionné depuis l’enfance par tout plein de gens tout pleins de bonnes intentions qui vous ont martelé à longueur de journée que tout est matériel, que tout s’explique et que le seul moyen de changer les choses dans ce monde, c’est de gagner assez d’argent ?

C’est alors que vous vous souvenez que vous le saviez bien, vous, que toutes ces histoires de matérialité issues d’une science dépassée, ce n’était que du flan.

Mais voilà. Le mal est fait et vous doutez. Vous doutez tellement que vous n’arrivez plus à créer autre chose que vos doutes.

Je vous l’avoue, c’est là que tous vos élans de bonheur, vos efforts pour rester dans la joie faiblissent un peu. Mais rien n’est perdu. Tout d’abord, parce que dans tous les malheurs, qu’ils soient très petits ou très grands, vous êtes toujours très entouré. Jamais de l’Autre Côté on ne vous laissera affronter cela seul. Jamais !

Et ensuite, il faut parfois laisser du temps au temps pour réaliser que vos malheurs et vos échecs vous ont menés sur une voie qui vous met en accord avec vous-mêmes. Une voie qui vous permet d’avancer plus efficacement sur votre Chemin de vie. Et alors, vous comprenez qu’il fallait connaître le malheur pour vivre un grand bonheur.

 

 

Alexandra Urfer Jungen