9. Capacités animales et combats infernaux


Laura se souvient avec clarté d’une vie passée comme femelle alpha dans une meute de loups. De cette existence, elle semble avoir rapporté un certain nombre de compétences « canines ». Des sens au-dessus de la moyenne, des réflexes et compétences de type animal qu’elle possède encore aujourd’hui.

« J’entends plus que ce que je devrais, mais je n’ai pas encore tout le contrôle. J’entends très fort les ultra-sons. Cela me dérange beaucoup, alors que mes chiens ne réagissent pas. Quand les chauves-souris passent près de moi, ça me hurle dans les oreilles !

Des fois, ça me fait comme des zooms avant-zooms arrière quand les gens parlent. Je peux me focaliser sur un petit son et ne plus entendre ce qui est à l’avant-plan. Mais je ne contrôle rien. J’entends très fort les bruits des animaux la nuit. J’entends les renards jouer, alors que je suis dans ma chambre, quelques fois même avec les fenêtres fermées. 

Elle réalise que ses sens sont souvent plus aiguisés que ceux de ses camarades et des autres personnes qu’elle côtoie. Elle perçoit le monde différemment :

« J’examine tout selon l’instinct animal. Je n’ai pas une excellente vue, mais je vois la trace des animaux (pas seulement une odeur qui reste, mais aussi une présence énergétique qui reste dans l’air. Il y a différentes couleurs : du jaune, du violet, du bleu. Si l’animal est passé il y a peu de temps, je peux encore le voir, comme un flashback. Si le lieu est très fort énergétiquement, je vais le voir encore plus. Chaque espèce animale a une couleur et une sorte d’énergie propre, mais ensuite chaque animal a une petite différence comme les empreintes digitales. Je peux dire si un même animal est passé plusieurs fois au même endroit. Par contre, si on me pose la question, cela me court-circuite. Il faut que je laisse agir l’instinct et si on veut me poser une question, il faut la sous-entendre de manière à ce que je ne rentre pas dans le mental.

La façon mentale dans laquelle je suis n’est pas la même que les autres. J’ai fait des exercices dans un groupe pour lâcher le mental, mais ça ne marchait pas, parce qu’au contraire, cela me faisait rentrer encore plus dans le mental en m’obligeant à réfléchir. En fait, je me suis toujours tellement reposée sur l’instinct animal pour survivre dans la société et me protéger, que j’utilise peu le mental. Le seul élément où je suis toujours à 100% en confiance, c’est l’instinctif.

 

Comportements canins

Lorsque nous étions à Chancy, Laura se sentait toujours en partie canidé et elle se battait pour garder ce côté animal. Cela, même si je la grondais et lui demandais de changer son comportement peu compatible avec la vie en société. Elle s’énervait et refusait souvent. « Je sais qu’enfant, je n’avais pas un instinct humain (et toujours pas maintenant !). Comme j’avais les souvenirs de ma vie de loup et que je savais que c’était très important de les garder, j’ai tout fait pour ne pas les perdre. »

Cela n’arrangeait pas la situation avec ses camarades : “J’avais souvent des problèmes à l’école. La seule fois où je me suis défendue, c’était une des premières fois où je me suis faite attaquer. J’ai sauté sur mon agresseur et j’ai mordu son trapèze. J’ai stoppé la mâchoire pour que ça ne saigne pas et je ne voulais plus le lâcher. Un autre camarade a pris une grosse branche et il me donnait des coups sur la tête et la nuque, mais je ne lâchais toujours pas. Au contraire, je tenais plus fort, cela a duré jusqu’à ce que je reprenne le contrôle de ce que je faisais. Les gars disaient depuis ce jour-là que je n’étais pas normale et les agressions ont du coup continué de plus belle, mais je n’osais plus me défendre. »

 

Jamais perdue

Adolescente, elle utilise ses capacités « animales » dès qu’elle est en pleine nature. « Lors d’un camp de marche, lorsque j’avais 14 ans, comme j’étais très fatiguée parce que je n’avais pas dormi la nuit précédente, je marchais très lentement avec deux amies. Quand la prof qui fermait la marche est venue nous demander si cela allait, je lui ai dit que je voulais faire une pause, parce que je ne me sentais pas très bien. Elle m’a dit que ce n’était pas possible, parce que cela allait trop ralentir le groupe. J’ai dit qu’il n’y avait pas de souci, parce que j’étais déjà venue plein de fois ici et que je connaissais bien l’endroit où nous devions nous rendre. Elle m’a demandé plusieurs fois si c’était bien vrai et j’ai confirmé, mais c’était faux.

On était déjà passés la veille en téléphérique et j’avais bien observé le terrain. C’est comme ça que j’ai pu rassurer la maîtresse en lui donnant des indications précises (notamment la présence d’une piste de trottinettes qu’on ne pouvait pas voir de là où nous étions). Du coup la maîtresse est partie en disant qu’on se donnait rdv là-bas et que nous devions redescendre en cas de problème en tenant informés les enseignants.

Je suis restée assise en étant sûre que personne du groupe ne puisse plus nous voir et je me suis relevée, j’ai observé, j’ai écouté et j’ai dit aux copines qu’on allait traverser au 180% de l’endroit où étaient les autres. Du coup, on a coupé à travers la forêt une bonne partie du temps. On avait rdv sur un pont. J’ai observé la rivière et je suis arrivée directement sur place. On est arrivées avec quasiment 30 minutes d’avance sur les autres. J’étais à moitié en train de dormir sur place quand le premier prof est arrivé. Il était impressionné en se demandant comment on était arrivées aussi tôt et les copines m’ont montré du doigt. Le chemin pour les personnes qui vont se balader faisait beaucoup de zigzag et de détours. Du coup, en coupant à travers, on gagnait beaucoup de temps.

Pour moi, c’est tellement naturel de passer par des chemins qui ne sont pas des chemins officiels que je ne fais pas attention. Pendant les courses d’orientation, je ne suivais pas les plans (je ne sais pas les lire !), mais il suffisait que les profs me disent ce que je devais trouver comme éléments (rivière, chemin, grand arbre, champs) pour que j’arrive à me repérer et à arriver sur place. Je n’étais pas forcément la première, mais celle qui avait tous les jetons. Je repère les différents arbres, les différences de terrain, les brindilles… »

 

Rencontre avec le Diable

En parallèle, Laura vit des moments difficiles avec des visions d’un monde en feu et déformé. C’est angoissant et elle me répète qu’elle ne passera pas son seizième anniversaire. Ce sont en réalité ses premiers contacts avec les limbes, une dimension proche de la Terre qui fonctionne dans des plus basses fréquences que nous. Elle découvrira qu’il y a encore bien d’autres dimensions inférieures, comme un vaste sous-sol. Plus on descend dans les fréquences et plus on descend en Enfer pour parler trivialement.

Le combat que Laura a mené encore jeune enfant à Chancy a de toute évidence laissé une marque et à l’adolescence, les êtres du Bas se font à nouveau plus insistants. Tant et si bien qu’il nous est parfois difficile d’entrer dans la chambre de Laura, tant l’atmosphère y est pesante, comme si on prenait soudain un coup en pleine poitrine. Elle, elle est par contre immunisée et elle a de plus en plus de facilité à circuler entre les niveaux du Bas.

Bien des années plus tard, elle m’expliquera : « C’est plus simple pour moi de détecter ce qui vient d’En-Bas. En plus de mon enfance, il y a eu beaucoup de points de connexions avec eux à l’adolescence. J’avais beaucoup d’énergie négative autour de moi ! Si à la place ça avaient été des anges qui avaient été là à ces moments-là, j’aurais eu les mêmes facilités avec En-Haut. Mais mon utilité est plus forte en allant En-Bas. »

Durant les années qui suivent, elle mènera des combats qui lui laisseront des marques physiques sur le corps, comme ces empreintes rouges de quatre longs doigts qui lui entourent sa cheville ou alors ces traces de dents comme celles laissées par un rémora qui m’impressionnent particulièrement. Si Laura vit ces événements sans panique, me décrivant en détails les combats qu’elle a menés dans les limbes, moi, je ne suis pas rassurée. Loin de là. Mais mon aînée vit toutes ces attaques et même ces tortures, comme une mission. De toute façon, comment pourrais-je l’empêcher d’y aller ?

 

Alexandra Urfer Jungen

 

La suite: 10. Dans le quotidien d’un enfant médium