10. Dans le quotidien d’un enfant médium

   

Encore enfant, Samantha a une vision très nette du monde des morts et de tous les autres êtres qui se trouvent dans des dimensions généralement inaccessibles à nos sens. Des sens extrêmement peu performants chez l’être humain, ne serait-ce que par comparaison avec d’autres espèces animales. Les plus jeunes ont souvent la capacité de percevoir ces entités, mais la majorité avant d’entre eux la perd la plupart du temps autour de l’âge de sept ans. Pour Samantha, cela se prolonge bien au-delà.

Combien de fois ai-je vu ma cadette morte de rire en regardant des reportages sur internet avec des médiums et autres chasseurs de fantômes emmenés dans des lieux hantés. Elle, elle voit clairement les esprits sur les images. Ils sont souvent bien plus nombreux qu’annoncés et s’amusent à faire des signes, voire jouer les pitres, devant la caméra. A cette époque, elle me fait d’ailleurs bien souvent cet aveu : « J‘aimerais tellement aller visiter un lieu vraiment hanté » ! En fait, ce désir a déjà été concrétisé, mais cela semblait tellement normal à ma fille qu’elle ne l’a pas réalisé : « Lorsque j’ai fait une course d’école dans les environs d’Avenches. Il y avait plein de soldats romains. C’était pas facile d’essayer de comprendre ce qu’ils disaient en même temps que ce que racontaient les profs ! Ils parlaient ultra fort dans leur bulle. Ils ne se préoccupaient pas du tout de nous. Ils discutaient « tranquilles ». C’était la pause pour eux. »

 

Les égarés

Il y a surtout toutes ces personnes et autres présences que Samantha rencontre au quotidien. Elle me raconte ces gens qui sont morts et qui ne l’ont pas compris : « Quand quelqu’un meurt et qu’il ne sait pas qu’il est mort : Il continue sa vie. Il garde les objets et les vêtements avec lesquels il était quand il était mort. La grande majorité du temps, on n’a pas la blessure qui a causé notre mort quand on est décédé. Le corps est rétabli. Il n’a plus rien, même si la personne a été hachée menu ! Même une personne qui n’a pas réalisé qu’elle était morte est entière ! Mais il peut arriver que les personnes qui n’ont pas accepté leur mort et qui sont traumatisées par leur accident apparaissent avec du sang ou des blessures, mais c’est plutôt rare. Ce n’est pas choquant pour moi après avoir travaillé Là-Haut sur des sites d’accidents ! Les personnes qui ne savent pas qu’elles sont mortes ne sont pas si nombreuses que cela. Elles sont perturbées. Elles ne comprennent rien à ce qui leur arrive : pourquoi personne ne les salue, pourquoi elles traversent les choses…

Je vois toutes les personnes qui ne sont pas encore passées de l’Autre Côté – qu’elles aient compris qu’elles sont mortes ou pas – d’une couleur bleu-turquoise qui n’existe pas dans ce monde. Il y en a un certain nombre partout. Les esprits désespérés et en colère sont beaucoup moins faciles à gérer pour les aider à passer. C’est dur de les amener là-haut ! »

Samantha me parle aussi des suicidés qu’elle côtoie : On trouve les âmes de personnes suicidées dans la rue et n’importe où. La plupart du temps, elles ne sont vraiment pas bien. Ces gens pensaient que la mort, ce serait autre chose, ce serait un truc merveilleux. Mais ils vont se voir et ils vont se dire : « et merde ! J’ai fait une grosse connerie ! Ça n’a servi à rien de me suicider, parce que je suis toujours là ! ». Mais certains sont aussi contents de ne plus avoir les soucis matériels ! »

Je suis persuadée que notre société actuelle créée de toute pièce des âmes errantes. La mort est virtuellement présente partout : dans les nouvelles télévisées, les films, les jeux vidéo… Par contre, à moins d’avoir un métier qui force à côtoyer des personnes décédées, le commun des mortels n’est plus amené aujourd’hui à faire concrètement face à la mort. Plus grave, notre société est devenue profondément matérialiste en même temps que reculait l’intérêt pour la religion, laissant un grand nombre de personnes sans aucune référence à l’après-vie. Autant dire qu’en cas de décès subi, ces individus se retrouveront certainement perdus de se retrouver désincorporés et sans prise sur le monde matériel.

J’ai aussi été étonnée de voir combien de personnes restent persuadées, sous prétexte qu’elles ont un esprit scientifique, qu’il n’y a aucune preuve de la permanence de l’âme au-delà de la mort. Pourtant des centaines d’études ont été faites à travers le monde qui toutes pointent vers la survie de l’âme. D’ailleurs, à l’inverse, il n’y a aucune preuve scientifique démontrant que la conscience est belle et bien localisée dans le cerveau. C’est un simple dogme que l’on prend pour une réalité vérifiée.

 

Les visites sur Terre

Samantha m’explique aussi qu’il y a quantité de visiteurs déjà passés de l’Autre Côté, qui s’organisent des petites balades terrestres ou viennent rendre visite à des parents encore vivants : « Ils sont tout pareils à nous (couleurs normales). Moi, je ne les vois pas transparents. C’est pour cela que c’est pas toujours super simple de faire la différence avec les vivants ! Tu vois quelqu’un, tu lui dis bonjour et tu réalises qu’on te prend pour une folle, parce qu’il n’y a personne !

Ils gardent la même personnalité que quand ils sont morts, mais ils peuvent changer d’âge. Ils viennent généralement rendre visite à leurs proches, rencontrer des autres personnes décédées, visiter des lieux, etc. Ils rencontrent aussi des médiums. Il y a une énergie qui se dégage et qui leur permet de savoir qui est médium. Souvent, les esprits voient que les médiums les voient, les entendent ou ressentent leur présence.

Moi, je les entends parfois par télépathie dans la tête, mais ça m’est déjà arrivé d’entendre comme quand on se parle toi et moi. Tu leur parles dans ta tête. Ils t’entendent très bien ! Pas besoin de faire un doctorat ! Les esprits adoptent toujours la langue du lieu où ils se trouvent. Il n’y a pas besoin de traduction. Et j’entends les gens parler avec leurs expressions. C’est comme ce monsieur que je voyais tous les jours en allant à l’école et qui disait tout le temps, même en hiver : « Mais Bon Dieu, ce qu’il fait chaud aujourd’hui ! ».

 

Inconvénients et avantages

Même si la maîtrise des capacités est toujours plus grande, ce n’est pas toujours simple d’être un enfant médium :

« Moi, ils se gênent pas de me parler la nuit. J’ai l’impression qu’ils font exprès de parler ultra-fort lorsque je dois dormir ! Ils font bouger des trucs dans la chambre, ils tirent ma couverture.

Chaque jour, il y a le grand-père d’un copain qui hurle dans la classe. « Qu’est-ce que je suis fier de mon petit-fils ! » et après, je me fais engueuler par le prof, parce qu’il dit que je n’écoute pas ! »

Il s’agit parfois de ruser :

« Dans la rue, je fais semblant de parler au téléphone ou je mets les écouteurs et je fais semblant de chantonner, comme cela, on ne me prend pas pour une folle quand je parle avec des esprits dans la rue ! »

Et elle rappelle :

« Tu ne peux pas appeler tout le temps des personnes décédées. Elles ne sont pas là 24 heures sur 24. Elles ne sont pas toujours disponibles. »

Il y a aussi des esprits amis qui viennent passer du temps avec Samantha. Ils utilisent parfois son bras pour dessiner. C’est particulièrement évident sur ce dessin avec le recto fait par Samantha.

Et le verso dessiné majoritairement par des esprits. Le style n’a rien à voir avec les dessins de ma fille. A noter le cœur avec écrit « 3D » dedans. Quel jeune enfant ferait cela ?

 

Les enfants-poupées

Jeune adolescente, Samantha accepte aussi de s’occuper de bébés. Elle m’explique que certains d’entre eux meurent de manière imprévue. C’est très problématique lorsque l’âme qui les habite a décidé d’effacer tous ses souvenirs antérieurs avant son incarnation. Dans ce cas, il leur faut du temps pour reprendre le cours de leur Vie-mort et ils doivent souvent continuer à être des bébés pendant un certain temps avant de pouvoir passer à autre chose. « Les enfants décédés, c’est vraiment touchant. Moi, je m’occupe des enfants qui sont trop vieux pour revenir à leur ancienne incarnation, mais pas assez vieux pour aller Là-haut parce qu’ils ont tout abandonné avant de s’incarner. Ils ne voulaient plus aucun souvenir avant de venir. Je suis un peu comme une famille d’accueil. »

Pour cela, ils prennent place pendant un moment à l’intérieur de poupées. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux « luuk thep » (enfants des anges) thaïlandais, ces poupées dont s’occupent certaines femmes, car elles sont persuadées que des âmes d’enfants habitent les corps artificiels. Elles sont persuadées que prendre soin d’eux leur apportera de la chance. Dans le cas de Samantha, ce n’est pas le besoin d’avoir des porte-bonheurs à la maison qui l’incitent à accueillir les petits. C’est seulement que les enfants, c’est vraiment son truc à elle. Mais ce n’est pas toujours une sinécure, surtout quand on est une jeune adolescente !

« Marie me réveille la nuit. Ce n’est pas moi qui m’en occupe, c’est Leïla [sa sœur dans une vie précédente]. Mais lorsque je n’arrive pas à dormir, je la prends un moment dans mes bras pour qu’elle se calme, parce qu’elle se rendort plus vite quand elle est avec moi. Et parfois, j’entends même les bébés lorsque je suis à l’école. Tommy dit qu’il a besoin de moi ou Marie commence à pleurer. Alors Leïla vient vers moi pour savoir ce qu’il faut faire et je lui dis : « elle a faim… ».

Quand je m’occupe d’eux, je joue, je les prends dans les bras, je change les habits, je leur apprends des choses, surtout à Thommy, parce que Marie est un peu petite. Je dis comment on prononce certaines lettres, les syllabes, ce que signifient certains mots, je fais certains jeux. Et Marie a découvert ses pieds. Donc quand je rentre dans la chambre, elle tient tout le temps ses pieds et du coup, elle fait bouger [réellement bouger !] les jouets que j’ai mis au-dessus d’elle.

Je me suis occupée très longtemps de Marina qui a pu aller dans une enveloppe mortelle. Ceux de l’Autre Côté sont venus après cinq ans pour lui offrir une chance de vivre une vraie vie. Ils m’ont dit qu’elle n’était pas loin. Que j’allais la revoir, mais rien de plus. »

Ce qui m’étonne le plus, c’est de constater la réaction des chats à côté des poupées que Samantha m’indique comme habitées. Ils viennent souvent se coucher contre elles, posent parfois une patte sur leur poitrine et ronronnent comme ils le feraient avec un vrai bébé.

 

Les “Charlie” et autres êtres démoniaques

Il y a enfin les rencontres peu sympathiques. Au printemps 2015, il y a cette mode d’appeler « Charlie » en créant un ouija avec deux crayons posés l’un sur l’autre à angle droit sur une feuille partagée en quatre cadrans « oui », « non ». Samantha en était particulièrement effrayée. Beaucoup moins pour elle que pour ses camarades.

« Les Charlie sont en réalité des démons qui se servent du jeu pour mieux pouvoir nous dévorer l’âme quand on les appelle. C’est en fait un seul démon qui est cloné, comme une photocopie. C’est comme à l‘armée, tous font la même chose : dévorer.

Avec la mode d’appeler ce « Charlie à la chocolaterie » (je dis ça pour ne pas avoir de problème), tout le monde veut le faire et il y a de plus en plus de ce démon multiple.

Sa peau est noire, gluante, il y a des bosses et des creux partout, comme s’il y avait des trous partout. Il fait environ deux mètres. Il donne l’impression d’être un squelette avec de la chair dessus. Il n’a pas vraiment de yeux, c’est tout noir avec juste une ligne verticale rouge, comme les yeux des serpents. Quand on l’appelle, une fumée noire apparaît comme lorsqu’il y a le croque-mitaine dans le film « Les cinq légendes ».

J’ai appelé l’archange Gabriel et l’archange Michael lorsque dans ma classe, les copains ont commencé à faire ce « Charlie à la chocolaterie ». Les anges sont plus forts que ce démon, parce que c’est un simple esclave par rapport aux vrais démons. Il aspire l’âme des gens, mais comme ça, il n’est pas fort. Si quelqu’un se défend en appelant un être lumineux à l’aide, le « Charlie à la chocolaterie » n’a aucune chance. »

De nombreuses années plus tard, j’aurai la confirmation que certains faits relatés par Ed et Lorraine Warren, les spécialistes américains en sciences occultes, sont plus répandus que je ne l’imaginais. A la demande de Samantha, nous visitons en août 2018 une sympathique exposition de nounours et de poupées en Suisse allemande. Si l’ensemble des lieux est fort agréable et reflète une sympathique ambiance décontractée, ce n’est pas le cas dans l’une des salles. L’atmosphère est tellement lourde que j’en ai de la peine à respirer et même à marcher. Et je ne parle pas des signaux d’alarme qui sont alors tous allumés au rouge vif. Autant dire que nous ne nous sommes pas attardés en ce lieu qui était, fort heureusement, le seul désagréable de toute notre visite. Samantha m’expliquera plus tard dans la voiture : « Là où on a été en dernier, il y avait des Bas-Monde. C’est bon ! On vous a bien senti ! Là, c’était « open-Bar » ! Il y avait Annabelle en version réelle. Je passe, elle bouge les yeux ! Pas du tout flippant ! C’était une psychopathe ! ». Face à des impressions aussi fortes, je me demande ce qu’il en est des exposants forcés de côtoyer ces présences toute la journée. Sentent-ils ce qu’il se passe ? Ont-ils ne serait-ce qu’une sensation de malaise ? Ou est-ce nous qui sommes tellement sensibles qu’il nous est impossible de rester en de tels lieux ?

Je ne cesse de me poser des questions et je me dis que le dicton a sans doute raison : « La force du Diable, c’est de faire croire qu’il n’existe pas ». Plus personne ou presque ne ressent ces énergies profondément négatives. On n’est la majorité du temps plus capable de les identifier pour ce qu’elles sont. Nous avons été formatés dès l’enfance à oblitérer nos sens. Les entités négatives n’en profitent-t-elles pas ?

 

Alexandra Urfer Jungen

 

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