19. Vivre au milieu des esprits

 

Vivre au milieu des esprits est devenu avec le temps une normalité absolue pour chacun d’entre nous. Nous considérons notre logement à mi-chemin entre un espace d’asile et une station de gare.

En 2017, nous entendons régulièrement des bruits de voix dans la maison, en particulier dans ce que nous appelons le « petit grenier » qui est un espace de rangement sur le côté de la maison dans la partie la plus basse du toit. C’est une pièce qui donne directement sur la chambre de Samantha. Nous entendons ce brouhaha de discussions avec mon mari lorsque nous mangeons à la cuisine située juste en dessous. Quant à Laura, elle se plaint régulièrement du bruit qui l’empêche de dormir, le « petit grenier » étant accolé au même mur que son lit. Samantha nous confirme qu’il y a effectivement souvent du monde à cet endroit-là, en majorité des esprits décédés alors qu’ils avaient une vingtaine d’années tout au plus. Ce sont des présences que nous finissons par considérer comme habituelles et qui se révèlent souvent plus pénibles pour Samantha que pour nous. Ils jouent en effet les ados qui sont parfois un peu « lourds », notamment lorsqu’elle se change ou va prendre sa douche. Mais elle sait se faire respecter et les renvoie sèchement quand il le faut.

 

Aide au Passage

En même temps, nous continuons à aider régulièrement les esprits à passer de l’Autre Côté. Notre technique s’est perfectionnée. Nous comprenons désormais que la majorité du temps, les visiteurs ont seulement besoin qu’on les guide vers l’Au-Delà. Pas besoin de chichis. Il suffit seulement de lancer un appel du cœur Là-Haut : « Hey ! J’ai une personne ici qui a besoin d’aide. Vous pouvez envoyer quelqu’un ? ». N’importe qui peut alors apparaître pour soutenir nos égarés : la majorité du temps, c’est un membre de la famille, mais cela peut aussi être un ange, un archange, voire même un Saint et tous leurs équivalents religieux. Bref, la personne qui vient est celle qui est la plus adaptée aux besoins et à la foi de la personne présente.

Mais cela n’empêche pas les échanges. Par exemple, le 11 janvier 2018, en fin d’après-midi, je m’aperçois en allant dans le grand grenier (sur l’autre pan de toit), que l’ambiance du lieu est devenue soudain très lourde. L’air pourtant transparent, me semble être opaque. Je ressens une oppression et j’ai l’impression d’avancer dans une mélasse invisible. C’est le signe que des esprits ont besoin d’aide et que le système mis en place par les filles pour assurer un passage rapide de l’Autre Côté n’est pas suffisant pour ces cas-là. Je demande à Samantha de venir. La première personne que nous aidons est, comme toujours, la plus affolée. C’est celle qui charge le plus le lieu de son désarroi. Il s’agit d’une maman qui s’est crashée en voiture et qui cherche désespérément son bébé qui était sur le siège arrière au moment de l’accident. Elle est en panique de ne pas le retrouver. Elle n’a pas compris qu’elle est morte et que son bébé a sans doute survécu à l’accident. Nous devons lui expliquer son nouvel état de non-vivante et la rassurer en lui disant que son enfant est très probablement pris en charge à l’heure actuelle. C’est un ange qui vient l’aider à passer au vu de son état de profond désarroi.

Je sens ensuite très fortement la présence d’un enfant dans un coin de la pièce. C’est un jeune garçon d’environ 8 ans qui est psychologiquement très mal en point. Il sait qu’il est mort, mais il porte en lui une effroyable culpabilité : Peu avant son décès, sa mère lui avait demandé de rester dans la maison et il lui avait désobéi. Il était sorti jouer dehors et il a été shooté par une voiture alors qu’il courait derrière son ballon qui avait roulé sur la route. Il se demandait si sa mère l’aimait encore après qu’il lui ait désobéi de la sorte. Nous l’avons rassuré et c’est finalement son grand-père qui est venu le prendre en charge.

Laura nous a rejointe lorsque nous avons échangé avec le troisième esprit. Un bel homme bien bâti d’assez haute stature dans la trentaine. Il est beaucoup plus décontracté que les précédentes personnes que nous avons aidées et il a compris qu’il était mort. Nous le charrions sur son physique d’Apollon et il nous apprend qu’il est gay. Nous nous disons qu’il a dû faire tomber bien des gars en pâmoison ! Il nous explique qu’il a été renversé par une voiture folle qui a grimpé sur le trottoir. Apparemment un simple accident. Il partage surtout avec nous son intense frustration : il s’est fait tuer alors qu’il sortait d’un magasin de musique. Il avait dans les bras la guitare et les deux disques vinyles qu’il attendait depuis 3 mois et 24 jours ! Qu’est-ce qu’il peut nous les répéter ses 3 mois et 24 jours ! Il ne veut pas passer de l’Autre Côté. Nous insistons longuement et, pour finir, j’arrive à le convaincre en lui rappelant que le Passage lui apporte une protection contre ceux du Bas et que de toute façon, il peut ensuite revenir ici quand il le souhaite.

La dernière personne est sans doute celle qui m’a le plus frappée. Nous avons habituellement à la maison des esprits qui sont décédés de mort accidentelle ou, beaucoup plus rarement, suite à des assassinats. Ils ne sont pas encore passés de l’Autre Côté (en tous cas pour ceux qui ont besoin d’aide. Je ne parle pas de ceux qui décident de faire leurs petites réunions entre potes chez nous !). Il s’agit d’un homme qui approche les 80 ans. Il fait vraiment « petit vieux », marchant tout voûté et avec difficulté. Avant son décès, il était malade d’Alzheimer et, là, il tourne en rond dans la pièce. Il n’a en fait pas du tout compris qu’il est mort. Il est complètement perdu. Nous lui disons qu’il est mort, mais il reste persuadé que c’est son cerveau endommagé qui lui fait percevoir des choses bizarres. Finalement, c’est sa femme qui vient s’occuper de son mari après notre appel à l’aide. A son arrivée, l’homme est totalement soulagé. Elle est sans doute la seule personne qu’il est capable d’entendre dans son trouble. Nous avons la joie de le voir se redresser avant de partir rapidement.

Ce cas m’a beaucoup interpellée sur les personnes qui décèdent avec un gros problème de sénilité. Combien tournent en rond sans comprendre ce qui leur est arrivé ? Ne faudrait-il pas imaginer une sorte de rituel pour ces individus lorsqu’elles passent de vie à trépas de manière à leur éviter les mêmes désagréments que ceux vécus par ce grand-père ?

En tous les cas, ce jour-là je suis contente d’avoir pu aider ces quatre personnes, mais aussi d’avoir pu constater que j’arrive de mieux en mieux à percevoir quels esprits sont présents, où ils se trouvent localisés dans la pièce, leur âge, leur sexe, et, parfois même plus vite que Samantha, ce qu’ils communiquent (j’ai une image complète ou un mot qui arrive tout de suite dans la tête, alors que Samantha obtient ces informations en discutant avec les désincarnés). Nous avons la confirmation, une fois encore, qu’à plusieurs, nous sommes pleinement efficaces.

 

Pourquoi chez nous ?

Bien des fois, nous nous demandons pourquoi autant de monde passe chez nous. Nous finissons par recevoir une réponse qui est répétée à plusieurs reprises par un certain nombre de nos visiteurs : « On nous a dit de venir ici ! ». Qui est le « on » ? Mystère. Je me dis qu’il y a peut-être dans cet inter-monde dans lequel naviguent les morts pas encore passés de l’Autre Côté une sorte de « Guide du routards » qui contient les coordonnées des personnes permettant d’atteindre l’Autre Côté. Évidemment, nous ne sommes qu’une des adresses de ce guide. Je me demande combien d’entre nous permettent au final ce Passage en toute discrétion. Certainement beaucoup.

Je me suis aussi souvent demandée pourquoi les sous-sols et nos greniers abritaient plus d’entités que les pièces à vivre. D’après Samantha, c’est dû au fait que l’énergie stagne en ces lieux et qu’elle est par conséquent plus en accord avec l’énergie des défunts. Je comprends dès lors beaucoup mieux pourquoi les enfants ont si souvent peur de se rendre seuls à la cave, au grenier ou d’ouvrir leurs placards.

Nous réalisons avec le temps que nous avons également beaucoup plus de monde dans la maison lorsque c’est « mauvais » dehors. En d’autres mots, lorsqu’il y a plus d’entités négatives en balade à l’extérieur. Notre maison devient un refuge pour tous les désincarnés. La présence de Laura et ses capacités « anti-démons » n’y sont sans doute pas pour rien : « Aujourd’hui, les esprits viennent près de moi pour se protéger d’à peu près tout et n’importe quoi, mais ils ne peuvent pas s’approcher de trop près, sinon, ça devient désagréable pour eux. Ça ne dérange par contre pas les enfants décédés ».

 

Une humaine tangible

Les capacités médiumniques de Laura sont à mi-chemin entre Samantha et moi, mais elles sont largement supérieures quand s’agit de déceler la présence de démons. Les enfants défunts aiment particulièrement se mettre à ses côtés, parce qu’ils peuvent la toucher et ne pas passer à travers elle. Elle a cette étrange caractéristique d’être tangible pour les esprits. Beaucoup sont désarçonnés en réalisant qu’ils doivent se pousser sur son passage. Ce trait distinctif peut même être traumatisant pour les désincarnés. Comme pour ce jeune décédé qui a environ 16 ans. Samantha discute fréquemment avec lui lorsqu’elle se promène autour de chez nous. Avec le temps, il est devenu un ami et il vient régulièrement à la maison « Je me suis retrouvée grande sœur d’un mec plus âgé que moi ! Je pense qu’il est mort il n’y a pas longtemps, mais je ne lui ai pas demandé par respect pour lui ». Une nuit de février, il réveille Samantha en la poussant gentiment. Il est triste et il lui dit : « Ta sœur m’a frappé ! ». En fait, il l’avait un peu cherché. Il avait décidé d’aller embêter Laura dans sa chambre au milieu de la nuit, mais elle ne l’a pas laissé pénétrer et l’a physiquement repoussé violemment. Laura a confirmé. Depuis ce jour-là, l’esprit du jeune garçon vient bien moins souvent à la maison !

Mais Laura attire particulièrement une catégorie deux catégories spécifiques d’esprits : En premier lieu les morts venant d’Asie, le plus souvent des Japonais, sans doute à cause de la fréquence de son corps qui reste celle de Shizaki. Mais ce sont surtout les anciens guerriers qui passent la voir. « Beaucoup de militaires viennent vers moi. Je pense qu’il y a une attirance de soldat à soldat. Ils ont souvent besoin de parler de ce qu’il s’est passé, de leurs traumatismes de soldats. C’est la même aide que je pourrais apporter à des vétérans, sauf que ceux que j’aide sont morts. » Laura m’a répété d’innombrables fois qu’elle aurait préféré naître aux Etats-Unis ou dans un pays qui a connu la guerre pour pouvoir aider également les vétérans bien vivants, tant ses souvenirs de champs de bataille et de manière de soutenir ses hommes sont encore vivaces.

Laura rencontre aussi des amis désincarnés de longue date. A de nombreuses reprises, mon aînée sent (dans tous les sens du terme) la venue de son ancien médecin et du général qui l’a faite entrer dans l’armée quand elle était Shizaki. Non seulement, elle perçoit leur présence, mais en plus (comme je le constate également), ces deux personnes laissent une forte odeur de “tabac” dans la chambre. Tous deux étaient en effet de grands fumeurs de pipe de leur vivant. C’est toujours drôle de voir Laura s’énerver contre eux parce qu’elle déteste ce type d’effluves. Elle ne manque jamais de les renvoyer manu militari sur le balcon !

 

Visites familiales

Mais il n’y a pas que des décédés en recherche d’aide ou d’amusement qui passent par la maison. Il y a aussi des membres de la famille. J’imagine que cela doit être le cas dans à peu près tous les foyers de la planète. Nos proches sont toujours très présents pour veiller sur nous ! Et étonnamment, ce ne sont pas toujours ceux que nous avons le mieux connu qui sont là. En 2019, Sylvie et moi prenons le café dans mon tout nouveau bureau installé à l’étage. Nous ne sommes pas seules sur place, puisque nous sentons des présences dans les deux sièges vacants à notre gauche et à notre droite. Il y a une impression de famille même si nous savons que ces personnes n’appartiennent pas à notre cercle le plus proche. Ma sœur et moi identifions finalement la femme comme étant Cousine Marthe, qui appartenait à la famille de mon père, de parenté avec son grand-père si je me souviens bien. Sylvie et moi l’avons côtoyée lorsque nous étions enfants, mais elle était alors très âgée et elle est décédée avant mes 10 ans. Pour mon père, c’était sa « Granny » (elle vivait en Angleterre et avait vécu les bombardements de Londres durant la deuxième guerre mondiale). C’était une femme absolument adorable. Bien plus que sa progéniture : une vieille fille revêche. Nous rions quand Cousine Marthe nous confie durant notre rencontre : « Ma fille avait un sale caractère. Elle n’obéissait qu’à ses propres règles ! ».

Dans la pièce, il y a aussi le mari de « Cousine Marthe », décédé encore jeune. Je ne peux pas le « voir » de mes yeux, mais je perçois pourtant, je ne sais comment, des vêtements datant des années 1930. Il se dégage de lui une certaine élégance et un côté rieur.

Avec Sylvie, nous ne comprenons pas exactement pourquoi tous deux sont là. Je demande à Samantha si elle accepte de nous rejoindre. Elle confirme rapidement l’identité des deux présences. Papyrus, notre grand chat (c’est un mélange de Ragdool et de MainCoon) est désormais installé sur la chaise où se trouve le mari de « Cousine Marthe ». A un moment, il relève la tête en laissant ses oreilles un peu basses comme s’il y avait quelque chose de bizarre qui se passait. Samantha lui dit : « Fais pas cette tête ! Il fait juste que de te caresser ! ». Pendant toute notre rencontre, je vois d’autres réactions étranges de notre chat : il se met soudain à bouger une oreille frénétiquement, comme si on jouait avec les petits poils qui sont dessus et que ça le chatouillait. Quand il est bien endormi, une de ses pattes arrière qui pend se relève et tombe brusquement, comme si on la tenait et qu’on la relâchait d’un coup. Samantha nous confirme que c’est bien ce que fait le mari de « Cousine Marthe » et elle nous apprend que cet homme aime beaucoup les félidés. A un moment, il rigole alors que notre chat dort très profondément : « Il ronfle presque aussi fort que ma femme ! ». C’est vrai qu’il ronfle comme un sonneur de cloches ! Ça devait être sympa de dormir aux côtés de Cousine Marthe ! A noter que Papyrus est avant tout le chat de Claude. Il préfère la compagnie des hommes à celle des femmes.

Il y a ce jour-là une ambiance bienveillante de conseil de famille. Samantha traduit que nous devrons nous préparer à ce qu’il y ait plus de monde (désincarné) à la maison et plus de Petit Peuple. Si extérieurement, notre maison n’a rien de particulier, les deux filles en ont fait un bunker énergétique. Pas étonnant qu’elle attire du monde.

 

StarWars

Pendant ce temps, être médium bousille parfois des moments attendus de longue date pour Samantha. C’est le cas lorsque nous allons voir mon mari, ma cadette et moi « Les derniers jedis » (Starwars épisode VIII) au cinéma.

Samantha se réjouissait beaucoup de découvrir le film, mais quand elle en ressort, elle est vraiment très grognon. Elle nous révèle que toute sa séance a été gâchée par une nuée d’esprits dans la salle. Il y en avait beaucoup plus que d’habitude. « Une bande de casse-pieds ! ». Ils volaient devant l’écran en faisant semblant de porter les vaisseaux spatiaux qui passaient dans le film. Ils n’arrêtaient pas de crier et de parler aux moments les plus intenses. Certains se mettaient devant l’écran en jouant les Dark Vador (en faisant le bruit de respiration) et en disant « Luke, je suis ton père » avec un autre qui tombe en hurlant « Nooooon ! ». Il y en avait qui faisaient semblant de se battre avec des sabres laser… Bref, des gamins en délire. Deux esprits étaient de toute évidence venus pour voir le film et ils ont ensuite « été convertis en gamins casse-pieds qui font la foire ». Le pire, selon Samantha, c’est que les esprits n’étaient pas tout jeunes ! Ils semblaient majoritairement avoir la cinquantaine !

 

Les soutiens invisibles

Heureusement, il y a aussi ces désincarnés tellement gentils et attentifs. Le jour de ses 15 ans, elle reçoit de nombreuses visites de non-vivants. Ses deux arrières grands-mères paternelles (qu’elle a eu la chance de connaître) se sont déplacées, ainsi que de nombreux membres décédés de ma famille (qu’elle n’a pas connus de leur vivant), notamment mon grand-père paternel qui est habituellement auprès de Sylvie, puisqu’il est son guide. Mais la visite qui lui a sans doute fait le plus plaisir, est celle d’anciens amis et collègues de « quand elle travaillait En-Haut ». Elle a également eu la visite express d’un lutin qui est passé comme une fusée en criant « Joyeux anniversaire ! » et celle de deux fées qui sont restées plus longuement. Oui, le Petit Peuple est présent lui aussi. Tant qu’à faire, autant avoir le forfait illimité ! On en reparlera.

Les esprits sont aussi présents quand elle se sent mal. Ce qui est de plus en plus courant, sa santé déclinant à toute vitesse. Comme sa sœur et comme moi auparavant, elle a des problèmes articulaires très douloureux avec de fréquents déboitements, une fatigue intense, de très gros problèmes digestifs et des organes qui décident de fonctionner de manière aléatoire. Ça la rend plus fragile aux virus. Un jour, elle attrape la grippe, mais elle a la chance d’être particulièrement bien entourée durant sa maladie, en particulier par un adorable couple d’esprits. Samantha est touchée par leur attention, comme ce jour où elle souhaite descendre au salon alors qu’elle est encore bien malade. « Ils étaient en mode nourrice qui te surveille constamment ! ». L’homme et la femme le retiennent avec insistance avant qu’elle descende au rez-de-chaussée. Samantha se dit que ça devait être drôle de la voir n’arrivant plus à avancer tant l’énergie pour la stopper était forte ! Elle a entendu : « Po, po, po ! Tu vas où jeune fille ? » et ils lui ont dit de mettre sa jaquette avant de rejoindre le salon.

Samantha est aussi accompagnée par une adorable femme de 35-40 ans qui s’appelle Carla. C’est elle qui vient la réveiller en douceur lorsque Samantha fait une petite sieste avant de repartir l’après-midi à l’école. Carla l’aide aussi à faire ses devoirs, en particulier les leçons de français. Par contre, elle ne peut pas l’aider en allemand, ni en mathématiques. Comme elle l’explique à ma fille, elle-même n’a pas suivi le même programme scolaire qu’elle.

Soutien également lorsque Samantha doit préparer un exposé pour son cours de français. La veille de son passage devant la classe, elle répète sa conférence devant son papa qui doit partir en vitesse après quelques minutes pour cause d’alarme « pompiers ». Elle me demande de prendre le relais, mais je dois aussi la quitter pour sortir les chiens avec Laura. Pas de souci ! Samantha, m’indique qu’elle fera appel à ses amis invisibles, un groupe d’esprits avec qui elle est très liée. Ils sont plusieurs à accepter de venir, mais l’un d’entre eux, Kevin, un jeune de 17 ans, décide néanmoins de l’embêter non-stop. Il répète que ça l’ennuie de l’écouter parce que la thématique de l’exposé ne l’intéresse pas. Samantha rétorque qu’elle, elle l’a bien écouté longuement lorsqu’il parlait de sa maman ! Puis il continue à l’interrompre régulièrement en disant « Ah, oui ! ça, ça me rappelle… ». Pour finir, c’est un autre esprit qui lui demande de se taire pour que Samantha puisse finir de répéter.

Le lendemain, quand elle fait son exposé en classe, ses amis invisibles sont tous présents. Ils font en sorte qu’elle se détende un peu, parce qu’elle a les jambes qui flageolent à cause du stress. Elle dira que grâce à leur présence « après ça allait mieux ! ». Même Kevin est venu « Il a fait un peu le con, mais ça va ! ». Samantha s’en est sortie avec un 5,5 ! Mais la présence de tous ces jeunes décédés tellement sympas autour d’elle a parfois quelque chose de frustrant : « Tous les mecs qui s’intéressent à moi, pas en mode bourrin, ils sont morts ! Et la plupart de ceux avec qui je m’entends bien, ils ont plus de la vingtaine. Il y en avait même un qui venait de Belgique. »

 

Esprits en concert

Nous ne réalisons pas toujours que nous avons en permanence autour de nous un fan club invisible qui est là pour nous aider et nous porter. Là aussi, sans doute, pour nous permettre de mener à bien notre mission d’âme. J’en prends particulièrement conscience en janvier 2019. Samantha et son papa aiment particulièrement le groupe suisse « Aliose » qui s’est fait connaître plus largement en 2018 suite à son passage aux Victoires de la musique. Et, chose fantastique, le groupe donne justement un concert à Payerne à peine quelques jours après l’anniversaire de Samantha. Nous lui offrons évidemment un billet pour le concert de son groupe préféré. Je l’accompagne avec ma sœur Sylvie qui reprend au pied levé le billet de Claude, trop malade ce jour-là pour assister au concert. Un immense regret.

Dès les premières notes de musiques et les premières paroles, Samantha me dit prendre une « baffe en pleine figure » tant l’intensité de ce groupe sur scène est grande. Un groupe qui n’est pas seul sous les projecteurs. Samantha m’explique qu’en même temps qu’eux, il y a sur scène, à leurs côtés, des proches décédés, des musiciens et des guides qui jouent eux aussi leur rôle.

Résultat : un concert qui a une force incroyable, qui rebooste totalement et a cette capacité de tout faire oublier pour vivre la joie du moment présent. Même Sylvie qui ne connaissait pas “Aliose” est enthousiaste et joyeuse. Elle a tout aimé, de la première à la dernière chanson. Samantha m’explique que les membres de ce groupe ont une mission d’âme importante : apporter de la joie par leur musique. De toute évidence, cet objectif est accompli !

Je note aussi l’immense émotion de Samantha durant la chanson « Je n’suis pas folle » qui fait tant écho en elle. Elle est en pleurs en l’écoutant, là aussi du fait de l’intensité beaucoup plus forte de la chanson en concert qu’à l’écoute sur CD, mais surtout parce que les paroles se réfèrent tellement à son vécu particulier :

« Pourquoi dehors les gens murmurent

Quand je te parle, ça me rassure

Le docteur dit que tu n’existes pas

Je n’suis pas folle

J’ai donné mon âme au diable

Je n’suis pas folle

Je suis seule

Je n’suis pas folle

Les gens m’ont rendue coupable

Je n’suis pas folle

Où est le bémol?

Tu es mon ombre, ma doublure

Et c’est souvent toi qui décides

De leurs pilules ils me torturent

Ta voix, tes mots se dilapident

Pourquoi dehors les gens sont sûrs

Ils nous prennent pour des créatures

Le docteur dit que tu disparaîtras

Laissez, laissez-moi être qui je suis

Laissez, laissez-moi vous dire ce que je vis

Laissez, laissez-moi être qui je suis

Laissez, laissez-moi vous dire ce que je vis »

(Aliose, Album Aliose, 2009)

 

Pas toujours fiables et sympathiques

Oui, les esprits sont partout. Non seulement autour de nous, mais présents en chaque lieu. Ils sont même nombreux à visiter les musées ! Je me demande combien se rendent dans le Zone 51 pour découvrir ce qui leur a été caché de leur vivant ! « Même quand t’es mort tu vas visiter des trucs ! ».

Si certains esprits travaillent en harmonie avec les vivants, les soutenant dans leur profession et leur quotidien, d’autres sont nettement moins scrupuleux. Nous le constatons notamment dans des « Salons Bien-Etre » qui se tiennent régulièrement en Suisse romande.

Au milieu des stands, Samantha rencontre un jour une femme qui affirme dévoiler les vies antérieures de ses clients. Celle-ci lui lance immédiatement : « Avant, vous étiez un homme riche… ». Elle n’a pas de connexion à une quelconque Mémoire collective. Elle répète en fait mot pour mot ce qu’un esprit collé à elle lui raconte. Samantha ne se fait pas avoir. Elle fixe l’esprit, lui montrant qu’elle a compris son petit jeu et qu’elle ne gobe pas un mot de ses bobards. Le désincarné se tait immédiatement et prend un air innocent, faisant celui qui se trouve par hasard à côté de cette femme. L’exposante, pour sa part, stoppe net son récit sur « la vie antérieure » de Samantha au moment-même où l’esprit s’arrête de parler. Déstabilisée, elle finit par dire à ma fille : « Vous devez trouver le reste par vous-même ! ». Cette femme n’est clairement pas capable de lire les vies antérieures des personnes qu’elle a en consultation. Par contre, elle est une bonne médium qui n’a malheureusement pas compris qu’elle était manipulée par un esprit non fiable.

Pour l’anecdote, plusieurs stands semblent alors vendre des produits sains et de qualité supérieure, mais l’étiquette et la décoration ne font pas tout. Lorsque nous passons à côté de l’étal d’un marchand, Samantha s’écrie soudain :

– Maman, rassure-moi ! Tu n’achètes rien à ce stand !

Personnellement, je ne suis pas attirée, mais je demande tout de même :

– Le vendeur est mal accompagné ?

– Oui ! Et ses bocaux sont noirs !

Elle me décrira encore d’autres stands comme « noirs ». Je constate que j’ai évité naturellement tous ces étals négatifs. Comme quoi, il est souvent bon de suivre son instinct.

Pareillement, les deux filles m’ont bien souvent stoppées durant nos courses en magasins lorsque j’écoutais moins mon intuition. Vous prenez un beau melon que vous posez dans votre chariot et là, votre enfant vous lance d’un air effaré : « Pas celui-là, maman ! Il est pas bon ! ». Comment ça, pas bon ? Il est tellement beau ! Avec le temps, j’ai fini par comprendre que « pas bon » signifiait que l’aliment n’avait presque plus d’énergie. Bref, un aliment mort. « Quand un aliment est mauvais, c’est pas l’énergie normale. Quand tu le touches, ça te remonte jusqu’au coude. Beurk ! Pas bon ! Tu as l’impression que tous les filaments de tes muscles ont des cailloux et que tout le sang reste coincé. »

 

Comateux et futurs nouveaux-nés

A cette période, les problèmes de santé obligent Samantha, tout comme sa sœur, à se rendre souvent à l’hôpital. Ma cadette m’apprend qu’il n’y pas que des désincarnés dans l’invisible : « J’ai déjà vu plusieurs fois [l’esprit] des comateux. Ils sont encore toute énergie et ils ne sont pas réellement là [à l’inverse des esprits de personnes décédées]. Ils ont comme un fil d’énergie encore rattaché à leur corps, un peu comme un fil d’or. Je les vois plutôt vers les hôpitaux, parce qu’ils ne peuvent pas trop s’éloigner de leur corps. Ils ont conscience que je suis là. Certains essaient de parler avec moi et certains n’ont pas envie. La plupart m’expliquent dans quel état ils sont. Certains s’accrochent [à la vie] parce qu’ils ont très peur de mourir. » Combien de fois me dira-t-elle son désir d’aider médecins et familles à comprendre les besoins de leurs proches dans le coma. Mais quels hôpitaux seraient prêts à travailler main dans la main avec des personnes ayant les mêmes capacités que Samantha ? En Suisse, nous sommes bien loin des pratiques ayant cours au Brésil…

Samantha s’est aussi souvenue qu’en se promenant dans les couloirs de l’Hôpital Intercantonal de la Broye à Payerne, elle voyait circuler des femmes enceintes avec à leur côté l’âme adulte de celui ou celle qui allait devenir le futur bébé. Ils lui faisaient des grands signes avec un sourire jusqu’aux oreilles en montrant le ventre et eux-mêmes pour lui faire comprendre qu’ils allaient tout bientôt s’incarner : « C’est moi ! C’est moi ! ». J’étais persuadée que les entités « rajeunissaient » systématiquement avant de s’incarner, mais en fait, c’est un choix de chacun. Certains préfèrent avoir une conscience d’adulte jusqu’à l’ultime instant, alors que d’autres préfèrent avoir un esprit de plus en plus enfantin pour mieux se préparer. L’esprit peut aussi décider de s’installer directement dans le corps du bébé dès le début de la grossesse, mais c’est très rare. Samantha complète : “Ce n’est pas le corps de la maman qui lance le processus de l’accouchement. Ce sont l’esprit et le corps du bébé qui décident s’ils sont prêts ou pas. Quand ils sont prêts, il y a le lancement d’un signal qui met en place le début du travail. Durant l’accouchement, l’esprit est déjà dans le corps du bébé, mais il émane une très grande énergie à la naissance.”

Ma cadette m’explique également le phénomène du déni de grossesse :

« Quand il y a déni de grossesse et que le corps de la femme reste normal même au huitième mois, le bébé n’est pas dans le corps, parce qu’il serait alors trop compressé et il ne recevrait pas assez d’amour. Il n’y aurait pas le contact mère-bébé. Le bébé a besoin d’amour. C’est comme quand ils naissent : s’ils ne reçoivent pas un minimum de vrais contacts et d’amour, ils meurent ! Cet amour n’a pas besoin d’être donné par la mère. Ça peut être donné par le père ou quelqu’un d’autre. »

 

Esprits possessifs, personnalités multiples et schizophrénie

Ma fille m’apprend aussi qu’elle a vu quelques fois des esprits possessifs, c’est-à-dire des esprits qui avaient pris possession d’un corps humain. Un phénomène qui n’est pas très courant selon elle. Elle constate que, dans ce cas, l’aura des gens n’est pas la même et, surtout, qu’il y a une très grosse différence au niveau de l’énergie. L’énergie qui est dégagée est trop importante pour qu’elle soit celle d’un seul individu.

Un peu dans le même domaine, Samantha s’est aussi rappelée en regardant le film « Split » de Night Shyamalan, que trois ou quatre ans en arrière, elle avait un camarade à l’école qui souffrait d’un trouble dissociatif de l’identité. En discutant avec lui, elle a constaté que ce camarade essayait d’avoir le contrôle sur les cinq personnalités qu’il avait en lui. Il avait beaucoup de force intérieure, mais cela n’empêchait pas les autres personnalités d’apparaître. Ce qui a marqué Samantha, c’est que les auras changeaient totalement selon la personnalité. Elle se rappelle que l’une d’elle était très belle avec une aura d’un beau bleu ciel. Par contre, l’une des personnalités était très agressive et son aura était violet foncé. Samantha évitait d’approcher ce camarade quand elle percevait cette couleur et si elle devait le faire, elle savait qu’il ne fallait surtout pas le contrarier. Samantha est triste que ce camarade ait terminé en asile psychiatrique. Elle pense que c’est la pire des choses que l’on puisse faire pour aider des personnes souffrant de ce type de pathologie. Samantha a été profondément choquée après avoir regardé sur internet le reportage « Hôpitaux psychiatriques, voyage au cœur de la folie » diffusé sur M6 en mars 2017.

“La plupart des patients qualifiés de schizophrènes entendent en fait des voix d’esprits [Samantha les voit clairement qui leur parle dans le reportage]. Ce sont des esprits qui ne sont pas encore passés de l’Autre Côté et qui cherchent de l’aide. Mais comme ils enfoncent ces personnes qui peuvent les entendre, ils ont encore moins d’aide.

Durant le reportage sur 15 patients vus, pour moi il y en avait seulement 3 dangereux avec de gros problèmes psychologiques. Les autres sentaient et entendaient les esprits. Ils ont parfois tué, mais ils ne contrôlaient rien : ils étaient dirigés par des êtres du Bas.

Il y a plein d’esprits qui sont morts là-bas [dans les hôpitaux psychiatriques] et il y a des choses pas bonnes du tout qui traînent. Il y a des esprits qui ont été enfermés toute leur vie à cet endroit et qui ne savent pas quoi faire [maintenant qu’ils sont morts].

Les deux filles m’ont très souvent dit qu’elles voudraient se rendre dans des Hôpitaux psychiatriques pour y aider les patients grâce à leurs dons particuliers. Mais là aussi, quel médecin accepterait d’entrer en matière sans chercher à les enfermer elles ?

Samantha m’a encore expliqué qu’une personne très atteinte psychiquement (avec une grave maladie mentale) est hors de son corps de manière à ne pas endommager son âme. Elle reste néanmoins à côté de son corps qui, lui, est seulement habité par un « fantôme ». Lors d’interactions avec un proche, l’âme peut réintégrer momentanément le corps, mais ce n’est pas forcément le cas.

 

Alexandra Urfer Jungen

 

La suite: 20. Le Petit Peuple